A l'aise thèse Publié le 19 Septembre 2019 par LAUREN MALKA

Confessions intimes au XIX siècle

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Chaque mois, un chercheur, une chercheuse, nous raconte sa thèse sans jargonner. L’historienne Caroline Muller a soutenu la sienne sur la direction de conscience, dans laquelle elle s’est interrogée sur les préoccupations quotidiennes des jeunes femmes du XIXe siècle dans leur intimité.

Causette : Qu’est-ce qu’un directeur de conscience ?

Caroline Muller : C’est un conseiller, censé tenir son autorité de Dieu et chargé de guider les hommes et les femmes dans leur vie spirituelle. Il ne faut pas confondre cette pratique avec la confession. Ce n’est pas obligatoire et on peut y livrer ce qu’on ne peut dire ailleurs. Les femmes les interrogent au sujet des nombreuses règles sociales, morales, religieuses... qui leur sont imposées.

Par exemple, doivent-elles refuser d’aller au bal pour respecter la moralité alors même que c’est nécessaire pour entretenir les relations amicales et mondaines ? Elles confient aussi les souffrances liées à toutes ces obligations. C’est une pratique spirituelle... de soi. 

En étudiant les lettres de ces femmes catholiques du XIXe siècle, on a accès à des confidences très intimes. N’étant pas limitées, elles se laissent aller aux anecdotes et digressions sur plusieurs dizaines de pages en sachant que leur parole, comme chez un avocat ou un médecin, restera secrète. C’est un vrai appel d’air pour elles et une source exceptionnelle pour les historien·nes !

 

Quelle place occupent les directeurs de conscience dans la vie de ces femmes ?


C. M. : Elles développent un rapporttrès personnel avec eux. Elles leur reprochent parfois de ne pas répondre assez vite. Et eux s’excusent : « Oui, j’ai tardé à vous répondre, mais ce n’est pas que je ne m’intéresse pas à vous... » 

Pourtant, le cadre et le rythme sontétablis dès le départ : deux à troislettres par mois, par exemple. Maisles femmes passent leur temps àtransgresser ces règles. Lorsqu’elles sont plusieurs à avoir le même directeur de conscience, elles en parlent entre elles, se montrent les lettres, les comparent, reprochent à leur directeur d’avoir écrit davantage àleur amie qu’à elle...

Les directeurs de conscience les rassurent en leur disant qu’elles sont « uniques » à leurs yeux. Je peux vous dire, moi qui compare les lettres, qu’elles sont nombreuses à être « uniques » !

 

La suite dans Causette #104...

Publié le 19 Septembre 2019
Auteur : LAUREN MALKA | Photo : GRÉGOIRE GICQUEL pour Causette
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