La copine de Causette Publié le 10 Juillet 2011 par Grégoire PÉDRON, avec Johanna LUYSSEN

Eva Ionesco Lolita malgré elle

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Modèle érotique pour sa mère dès 4 ans, égérie junkie de la nuit parisienne à 13, comédienne et photographe, Eva Ionesco (aucun lien avec Eugène !) a vécu plusieurs vies. L’histoire qu’elle raconte dans son premier long métrage, My Little Princess, c’est la sienne : un amour invivable entre une mère perverse, jouée par Isabelle Huppert, et une enfant qui refuse d’être dévorée. Un film qui sonne comme un règlement de compte, d’autant plus percutant que la mère, Irina, vit toujours.

Bienvenue dans le monde d’Eva, qui n’a rien du conte de fées…

 

 

 Ouvre les cuisses, ça fait Balthus »

 

Dans son premier long métrage, My Little Princess, elle fait le récit de son enfance. Tout commence dans le milieu des années 70. Sa mère, Irina Ionesco, accède à la notoriété grâce à des clichés érotiques en noir et blanc. Puis, quand sa fille a 4 ans, elle devient l’objet de son art. Elle va la photographier dénudée, fardée en femme fatale ou en princesse

 

du fétichisme. Poses provocantes, dentelle et porte-jarretelles : cela durera jusqu’à ses 11 ans. Eva fait la une des magazines en Lolita. Les photos font le tour du monde.

 

Quand Eva évoque la relation insidieuse, malsaine, qui l’a unie à sa mère, elle ne parle pas d’amour mais d’un jeu de perversion. Elle commente, ironique : « C’est ludique, la perversion. » Elle prend la voix faussement doucereuse de sa mère : « Tu sais, je t’aime beaucoup, mais tu vas quand même te mettre toute nue. Ah ! je t’aime. Tu es la plus belle, mets-toi toute nue. C’est magnifique, tu es tellement belle ! » Cette tension, elle réussit à la restituer dans son film. Lorsque la mère entraîne la fille dans son sanctuaire gothique pour la mitrailler en argentique, le spectateur ne peut que ressentir du malaise. La crudité n’est pas dans l’image, mais dans les mots : « Ouvre un peu les cuisses, ça fait Balthus », « Regarde-moi comme si tu voyais les enfers », dit la mère en gémissant à chaque déclic de l’appareil. « Tu iras chez ta copine Apolline si tu poses dans la robe rose », promet-elle, suave. C’est-à-dire : je te donne une vie normale contre des photos… qui ne le sont pas. Enfance saccagée. Elle pose un regard clinique sur cette relation vénéneuse : « C’est dire beaucoup de mots d’amour, mais en commettant tout de même ce qu’on appelle un viol au féminin. » Eva Ionesco dit « viol au féminin » presque comme si elle disait « on va faire les courses ». Mais ses réponses lapidaires, son ton saccadé, confirment que le détachement est feint.

 

 

...La suite dans Causette #15...

Publié le 10 Juillet 2011
Auteur : Grégoire PÉDRON, avec Johanna LUYSSEN | Photo : Stéphane LAGOUTTE / MYOP pour Causette
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