Dossier Publié le 22 Août 2019 par ANNA CUXAC

Un nouveau bac enfanté dans la douleur

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Cette réforme aura engendré une situation inédite dans le pays : lors des corrections du bac, début juillet, quelque sept cents correcteurs et correc- trices ont fait la « grève des notes » afin d’attirer l’attention médiatique sur les chamboulements du baccalauréat. Après avoir fait émettre des notes temporaires par le personnel administratif des lycées, Jean-Michel Blanquer a promis des « sanctions » pour les profs grévistes à la rentrée. Mais pourquoi tant de colère ?

Plus de filières ! Pierre Mathiot l’avait annoncé : il ne voulait pas réformer le bac « pour quelques ajustements techniques ». Aujourd’hui, le directeur de Sciences Po Lille, qui a présenté le rapport sur lequel la réforme se fonde et dirige son comité de suivi, assume une « réforme extrêmement ambitieuse qui suscite l’hostilité parce qu’elle fait bouger les lignes ».

Pensez un peu : c’est la fin des filières L, ES, S dans la série générale, instaurées en 1965 (à l’époque A, B, C, D). Elles sont remplacées par un tronc commun auquel viennent s’ajouter des spécialités, trois en première, réduites à deux en terminale. Les maths deviennent d’ailleurs une option ! La matière « enseignement scientifique » du tronc commun correspond, selon Pierre Mathiot, à « l’enseignement d’une culture générale scientifique ».

Les élèves qui entrent en première à la rentrée ont donc dû choisir leurs spécialités et ont, à 53 %, reproduit des filières. 26 % d’entre eux ont, par exemple, opté pour un tiercé gagnant mathématiques/physique-chimie/sciences et vie de la terre, comme la série S l’imposait auparavant.

« Pour nous, passer de trois à deux spécialités est une catastrophe, alarme Jean-Rémi Girard, du Snalc. Comment vont arriver les élèves dans certaines prépas, par exemple celles d’agro ou de véto, où ils se retrouveront à nouveau avec les maths, la physique et les SVT ? » Dans ce contexte, il faut espérer que l’instauration de cinquante-quatre heures réparties sur les trois années du lycée consacrées à l’orientation après le bac aiguille les élèves.

 

Un grand oral et des contrôles continus


Réformer le bac général partait d’un constat largement partagé : avec une douzaine d’épreuves en dix jours, la machine s’enrayait et avait perdu son sens avec l’augmentation des mentions et des 20,5 de moyenne due à pléthore d’options.

« L’idée n’est pas de réduire le nombre d’enfants diplômés d’une génération (80 % actuellement), mais de renouer avec la valeur certificative de cet examen », plaide Pierre Mathiot. Pour ce faire, l’Éducation nationale a opté pour l’introductionde 40 % de contrôle continu (10 % des notesdu bulletin, 30 % d’épreuves à la fin de chaque trimestre de terminale) dans la note finale.

Les 60 % restant se partagent entre deux épreuves en mars sanctionnant les spécialités conservées en terminale et un grand oral en juin, comme celui existant dans la filière technologique. L’élève devra produire un travail s’appuyant sur une ou sur deux matières et le défendre à l’oral, en étant préparé théoriquement dès la première.

 

La suite dans Causette #103...

Publié le 22 Août 2019
Auteur : ANNA CUXAC | Photo : Illustrations : CAMILLE BESSE
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