Elles ont la niaque Publié le 05 Avril 2019 par Propos recueillis par Anna Cuxac

Hadja Idrissah Bah : ''En 2018, nous avons empêché dix-sept mariages d’enfants !'' 05/04/19

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Dans le nouveau Causette, nous vous parlons d’enfants et d’ados bien décidé·es à changer le monde. Parmi eux, la Guinéenne Hadja Idrissa Bah, 19 ans. Complètement badass !

En 2016, à 16 ans, Hadja a créé le Club des jeunes filles leaders de Guinée. L’action du Club des jeunes filles de Guinée est reconnue dans tout le pays… Et admirée à l’étranger. Au départ, c’est un groupe de parole féministe entre filles, sur des sujets tels que la sexualité. Mais, très vite, Hadja et ses copines du Club sont sollicitées par des personnes qui leur signalent des cas de mariages d’enfants, de viols ou d’excisions. Depuis, elle aide la police sur certaines affaires… Elle nous raconte !

Causette : Bonjour Hadja ! Vous êtes dispo pour l’interview ?

Hadja Idrissa Bah : Je vous recontacte dans deux heures, là je suis sur un taxi-moto, de retour d’une intervention menée avec la police pour arrêter un homme accusé de viol.

Euh waouh, OK !

[Quelques heures plus tard ] HIB : C’est bon !

Merci ! Alors comme ça, vous accompagnez la police durant ses interventions ?!

HIB : Souvent ! Des victimes ou des proches de victimes contactent le Club des jeunes filles leaders de Guinée pour dénoncer des cas d’agression, de viol ou de mariages d’enfants et chercher de l’aide. Nous nous mettons en lien avec la police pour qu’ils arrêtent les présumés coupables… Et nous les accompagnons sur place, afin d’éviter les tentatives de corruption des policiers. Il faut comprendre que notre pays est pauvre, les salaires des policiers très bas et les moyens complètement dérisoires. Souvent, nous payons de notre poche l’essence de leurs fourgons, afin que l’on puisse bel et bien partir dans le village où le cas d’abus nous a été signalé. Mais cet après-midi, par exemple, ils n’avaient même pas de véhicule… Nous leur avons donc payé la course de taxi-moto !

Incroyable. Ça représente combien d’affaires ?

HIB : En 2018, nous sommes intervenues sur une quinzaine d’affaires de viol et avons empêché dix-sept mariages d’enfants ! Notre dernière intervention sur le sujet date de début mars : un jeune homme a posté sur sa page Facebook les photos de son mariage avec une fillette de 13 ans. Ces photos ont été signalées au Club, et nous sommes intervenues en urgence avec la police pour récupérer l’enfant. Les parents de ces jeunes sont actuellement en détention provisoire jusqu’à leur jugement. Fort heureusement, les examens médicaux sur la petite ont montré qu’elle n’avait pas été violée.

Votre très grande implication vous laisse-t-elle le temps de poursuivre vos études en sciences politiques ?

HIB : Très peu… Mais mes professeurs sont compréhensifs.

Et comment financez-vous vos interventions ?

HIB : Les bailleurs financent des projets, en ce qui nous concerne, la partie éducative du Club. Les interventions ne relèvent pas de projets, donc nous payons de notre poche. Mais l’essentiel, c’est qu’aujourd’hui, nous sommes tellement connues que lorsque le Club des jeunes filles met la main sur un dossier, les violeurs ont peur !

Publié le 05 Avril 2019
Auteur : Propos recueillis par Anna Cuxac
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