Santé Publié le 04 Avril 2019 par Anna Cuxac

Chantage à l’IVG : la figure de Simone Veil placardée sur la façade de l’Ordre des médecins 04/04/19

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Alors que le Conseil national de l’Ordre des médecins doit aujourd’hui statuer sur des sanctions à prendre contre trois pontes du Syngof à la suite de leur menace de grève à l’IVG, les militantes féministes passent à l’attaque. Hier soir, à la nuit tombée, elles ont placardé le portrait de Simone Veil sur la devanture de l’Ordre à Paris, et une tribune paraît dans Libération pour demander que la ministre saisisse la chambre disciplinaire de l’Ordre.

Surprise ! En se rendant au bureau ce matin, les membres du Conseil national de l’Ordre des médecins ont dû rire jaune : sur la façade et le rideau de fer de son quartier général du chic quartier de Courcelles, à Paris, des dizaines d’affiches à l’effigie de Simone Veil les attendaient, goguenardes. Un happening mené hier soir par une petite dizaine de militantes féministes proches du collectif Nous toutes et de l’association Les Effronté·es, alors que le Conseil se réunit aujourd’hui même pour « étudier les conséquences déontologiques » de la menace du Syndicat des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) d’une grève de l’IVG.

« Nous demandons à ce que l’Ordre des médecins sanctionne les trois gynécologues impliqué·es dans cette menace de grève, détaille Anaïs Leleux, membre de Nous toutes. À savoir Jean Marty, Bertrand de Rochambeau et Élisabeth Paganelli. » Le premier, ex-président du Syngof, est à l’origine de l’idée de cette menace de sanction si le syndicat n’obtenait pas gain de cause auprès de la ministre de la Santé quant à une revendication concernant le plafonnement de garantie d’une assurance professionnelle. Les deux autres, respectivement président et secrétaire générale du Syngof, ont accepté d’envoyer, le 12 mars, à ses 1 600 adhérents un mail exigeant des gynécologues de se préparer « à ce que le syndicat vous donne l’ordre d’arrêter les IVG si la ministre de la Santé refuse de nous recevoir ».

« Ma crainte, c’est que l’Ordre des médecins se contente d’un blâme à leur encontre pour envoyer un message politique, montrer qu’ils ont fait le job, s’inquiète Anaïs Leleux. Or, de Rochambeau et sa petite clique n’en sont pas à leur coup d’essai. Une interdiction temporaire d’exercer nous semble donc être le minimum. » Les attaques de ces pontes du Syngof à l’encontre des femmes sont en effet récurrentes. En septembre, le patron du Syngof, Bertrand de Rochambeau, qualifiait, dans une interview télé, l’avortement « d’homicide ». En 2016, Élisabeth Paganelli déclarait ne pas donner d’arrêt de travail à une femme avortant, leur demandant de le faire « les jours fériés ». Enfin, Jean Marty s’est lui illustré en 2014, alors qu’il était président du Syngof, en défendant le « point du mari », pratique chirurgicale visant à resserrer le périnée des femmes venant d’accoucher pour le bon plaisir de leur conjoint.

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Face à la crainte que seul un blâme soit donné par l’Ordre, les mêmes militantes féministes et de nombreuses autres en appellent à la responsabilité de la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour aller plus loin. Dans une tribune publiée ce matin dans Libération, rassemblant aussi des personnalités politiques (Clémentine Autain, Laurence Rossignol…), elles interpellent Agnès Buzyn en ces termes : « Nous vous demandons, madame la ministre, de saisir la chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des médecins », ainsi que le prévoit le code de santé publique.

Les signataires demandent aussi à la ministre de « libérer l’avortement » via deux dispositions : autoriser les sages-femmes à pratiquer des IVG instrumentales (pour l’heure, seuls les avortements médicamenteux leur sont permis) et supprimer la clause de conscience des gynécologues, qui leur permet de refuser de pratiquer un avortement. Le 8 mars, la ministre a indiqué au micro de France Info être « contre ». « On ne peut jamais obliger un médecin à pratiquer un acte qu’il ne souhaite pas, mais en plus, l’obliger, c’est faire courir un risque aux femmes d’être très maltraitées. »

Publié le 04 Avril 2019
Auteur : Anna Cuxac
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