Santé Publié le 29 Mars 2019 par Propos recueillis par Aurélia Blanc

Allaitement paternel : ''Ça a été une révélation et une évidence'' 30/03/19

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Poisson d'avril !

MISE À JOUR /// Comme vous vous en doutiez, cet article relayait une fausse information dans le cadre d'un poisson d'avril... Une très bonne idée du magazine en ligne Le Paternel, pour relancer le débat sur l'allongement du congé paternité. 

« Une petite pilule pour l’homme, un grand pas pour l’égalité » : tel est le mantra de Lait paternel, une jeune entreprise française qui vient de mettre au point un traitement hormonal permettant aux hommes d’allaiter leur progéniture. Paul, père d’un bébé de cinq semaines, fait partie des premiers « testeurs ». Pour Causette, il revient sur son expérience de père allaitant.

Causette : Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir allaiter votre enfant ?

Paul : Quand on a appris qu’on attendait notre enfant, il y a deux choses qui m’ont rapidement interrogé. Déjà, la question de savoir comment je pouvais développer un lien particulier avec mon enfant. Ensuite, savoir comment je pouvais répartir au mieux les tâches avec ma copine. Je culpabilisais vis-à-vis d’elle au sujet de la grossesse, qu’elle était seule à porter, pendant neuf mois, avec les difficultés qu’on connaît sur l’alimentation, les nausées, la fatigue, puis la pression sociale et les conséquences professionnelles qui viennent derrière. J’ai regardé sur Internet ce que je pouvais faire pour équilibrer au mieux la répartition des tâches. Et globalement, dans ce que je pouvais lire, le rôle des pères se limitait souvent à repeindre la chambre et à faire les courses. Puis je suis tombé sur le site de Lait paternel : pour moi, ça a été une révélation, une évidence. Avec ma copine, on a tout de suite voulu tenter l’aventure.

Comment s’est passé le traitement ?

Avant la naissance, il faut prendre une gélule trois fois par jour, au moment des repas, pendant deux mois. Depuis que le bébé est là, je prends une gélule une heure avant la tétée, jusqu’à six fois par jour. Les trois premières semaines, je ne sentais pas grand-chose, puis j’ai commencé à avoir la poitrine qui gonflait, à ressentir des petits picotements… C’était assez étonnant, mais ça a aussi créé une vraie complicité avec ma copine. Il peut y avoir quelques effets indésirables : les tétons douloureux, la poitrine qui gonfle, ça chauffe un peu… Mais en même temps, j’étais super heureux de voir que ça marchait. Et il y a aussi des effets positifs : j’avais pris quelques kilos parce que j’avais fait une « couvade » et, grâce à l’allaitement, je les ai perdus très rapidement.

Voir un homme allaiter, ce n’est pas courant, quand même… Comment a réagi votre entourage ?

Au départ, nos familles étaient carrément incrédules et assez sceptiques sur le fait que ce soit possible. Et puis on leur a montré les différentes études scientifiques parues sur le sujet, on leur a expliqué que dans certaines cultures, c’était accepté, voire pratiqué. Ils ont fini par l’accepter, et même par trouver l’idée amusante. Le plus gros choc, ça a été à la maternité. Quand j’ai pris mon fils pour le mettre au sein, la sage-femme s’est interposée, elle ne comprenait pas ce qu’il se passait. Il a fallu qu’on prévienne notre médecin, auquel on avait fait part de notre projet, pour qu’il lui explique.

Vous défendez l’allaitement paternel comme une démarche égalitaire. Mais cela revient aussi à remplacer les femmes par le biais d’un traitement. Un peu paradoxal, non ?

L’allaitement paternel est nouveau, donc c’est normal que ça fasse un peu controverse. Pour moi, c’est un rééquilibrage qui est nécessaire. Ça permet de soulager la mère, notamment la nuit. Dans notre société, la maternité reste très discriminante pour les femmes, notamment sur le plan professionnel. D’ailleurs, aujourd’hui, personne ne remet en question le fait que les pères peuvent s’impliquer davantage auprès de leurs enfants. Et ce n’est pas parce qu’ils s’impliquent plus qu’ils remplacent les mères ! L’allaitement paternel, c’est à la fois une chance pour les mères, pour les enfants, et pour les pères eux-mêmes, qui peuvent vivre quelque chose d’unique, qui n’était pas possible auparavant et qui l’est aujourd’hui, grâce à la science. Après, chacun fait comme il le sent. Il n’y a aucun jugement à avoir sur les pères qui ne voudraient pas allaiter leur enfant. Mais, personnellement, j’adore ces moments privilégiés avec mon fils.

Publié le 29 Mars 2019
Auteur : Propos recueillis par Aurélia Blanc | Photo : Constance Decorde
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