Dossier Publié le 28 Mars 2019 par CARINE ROY

La jeunesse a aujourd'hui la lourde tâche de nous donner de l'espoir

blog post image

Le journaliste Vincent Cocquebert vient de publier Millennial Burn-out, une enquête où il dynamite les stéréotypes dans lesquels on veut enfermer la jeune génération.

Fort de son expérience comme rédacteur en chef du Web magazine Twenty – fait par et pour les 16-25 ans de toutes origines sociales et culturelles –, Vincent Cocquebert constate que le concept de générations X, Y et maintenant Z (pour Zapping, née après 1995), vrai outil sociologique au départ, est devenu une machine à poncifs pour alimenter le business des marques.

 

Causette : Des études sociologiques et marketing taxent la génération Z de « molle, rivée sur les écrans, qui ne croit plus en rien et sans engagement politique... », et pourtant elle se révolte aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ?

Vincent Cocquebert : Cette génération Z est un mythe. Ce terme est apparu en 2012 aux États-Unis pour cibler ces jeunes d’un point de vue marketing. Dans les conférences, elle est présentée comme encore plus extrême que les millennials, ou génération Y : elle serait encore plus individualiste, diviserait le monde entre les winnerset les losers, serait réfractaire à toutetransmission verticale, apprendrait tout sur YouTube... Mais en fait, c’est plus complexe que ça ! Il y a beaucoup d’inquiétude de leur part, une angoisse par rapport au travail, ils s’interrogentsur le fait de réussir à trouver leurplace dans la société, il y a pas mal de solitude, d’autres se sentent perdus.

Pour moi, ce n’est qu’une partie de la jeunesse qui, en ce moment, a une prise de conscience de l’urgence climatique. En France, 40 % des jeunes vivent en zone urbaine et ces manifestations ont eu lieu dans les grandes métropoles. On peut donc présumer qu’une bonne partie d’entre eux appartient aux catégoriesles plus aisées, ce que le géographeChristophe Guilluy, appelle la « jeunesse de la gentrification ». Les enfants des « gilets jaunes », par exemple, on en a très peu parlé. Pourtant, eux aussi se mobilisent. C’est un mouvement disparate et transgénérationnel où les jeunes ruraux sont très représentés. Ils sont en quête de reconnaissance et d’autonomisation, par rapport aux journalistes, aux représentants politiques, et ont la volonté de mettre en œuvre le RIC [référendum d’initiative citoyenne, ndlr]. Ainsi, la jeunesse n’est pas un groupe homogène, elle est multiple et particulièrement fracturée aujourd’hui.

 

Ces enfants militants sont-ils adultes avant l’heure ? Y a-t-il encore de la place pour l’insouciance de l’enfance ?

V. C. : On a une vision fantasmée de la jeunesse : elle a aujourd’hui la lourde tâche de « faire rêver » du progrès, de nous donner de l’espoir, de tenir lieu de « guide » et d’« inventeur » du monde de demain. On attend d’elle qu’elle nous sauve des problèmes écologiques ou du désengagement démocratique. En lui faisant porter cette responsabilité, on lui enlève une partie de son innocence en effet.

 

Ces enfants-ados vont-ils changer le monde ?

V. C. : Ce discours d’une jeunesse à l’avant-garde (entrepreneuse, mobile, aventureuse) qui va nous sauver est très rassurant, on a envie d’y croire, mais c’est aussi une fable qui nous empêche de trouver des solutions maintenant. Or ces changements – comme le mariage pour tous, le climat, la libération de la parole... – trouvent du sens et se concré-tisent quand ils sont portés collectivement par les différentes classesd’âge. La jeunesse a une part active à prendre, c’est vrai, mais aux côtés des adultes qui ont, eux, la responsabilité de la transmission.

 

Publié le 28 Mars 2019
Auteur : CARINE ROY | Photo : V. BOISOT/RIVA PRESS - SHUTTERSTOCK
628 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette