La copine de Causette Publié le 05 Mars 2019 par Laurence Garcia

Clémentine Autain, amour à mère

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Dans son nouveau livre Dites-lui que je l’aime, Clémentine Autain se raconte à travers sa mère, une actrice fantasque et tragique qui se donna la mort à 33 ans. Entre règlement de comptes et déclaration d’amour posthume…

En cette période de grand débat et d’actualité sociale plus qu’agitée, on la sent à moitié à l’aise à l’idée de faire la promo de son nouveau livre, Dites-lui que je l’aime. La députée de La France insoumise est plus habituée à dénoncer les injustices et les tragédies des autres. « Ce n’est pas un exercice classique chez les politiques que de se raconter intimement, ça décale, j’avais peur de ce décalage. À travers mon enfance, je parle de filiation, de mémoire et de règlements de comptes avec ses parents, c’est universel », ajoute-t-elle, comme pour se rassurer en inscrivant son récit dans une dimension collec tive. C’est à sa mère, en l’occurrence, qu’elle dit, entre les lignes, qu’elle l’aime, empruntant au passage le titre du film du réalisateur Claude Miller, qui offrit à sa mère son premier grand rôle en 1977 aux côtés de Gérard Depardieu.

Beauté tragique

« Je venais d’avoir 12 ans lorsque tu es morte, j’en ai 42. Tu es partie il y a si longtemps que la haine s’est éteinte, évaporée avec les années […] Tu n’avais pas seulement disparu, je t’avais fait disparaître. Tout a fonctionné comme si j’avais eu un besoin impérieux de t’anéantir pour pouvoir m’en sortir et tracer mon chemin loin de la déprime et de l’alcool. » Ainsi écrit Clémentine Autain avec des mots tendres et durs à la fois, qui claquent, glacent, émeuvent, se révoltent, pleurent, rigolent, racontent cette maman qui ne l’a jamais trop été.

Sa mère, c’est Dominique Laffin, une jeune comédienne qui crève l’écran dans les années 1970, une beauté tragique et frondeuse que se disputent les réalisateurs et réalisatrices Catherine Breillat (Tapage nocturne), Marco Ferreri (Pipicacadodo) et Claude Sautet (Garçon !). Elle pose à moitié nue à la Une de Playboy et, en même temps, incarne La femme qui pleure, de Jacques Doillon. Un rôle qui lui vaut d’être nommée aux César en 1980 comme meilleure actrice. Mais c’est finalement Miou-Miou qui décroche la récompense. Côté cour, Dominique Laffin, c’est aussi la femme qui brûle sa vie. Whisky, clopes Gitane, fiestas et somnifères sans modération, une réputation se fait vite dans le métier, le téléphone sonne moins. Sa fille Clémentine est spectatrice de cet autre film noir, elle qui vit chez sa mère depuis que ses parents se sont séparés quand elle avait 2 ans.

Le 12 juin 1985, elle est retrouvée morte noyée dans sa baignoire. Elle avait 33 ans. Ce jour-là, la petite Clémentine dort chez son père, le chanteur Yvan Dautin (dont le vrai nom est Autain), et l’entend chuchoter avec sa belle-mère derrière la porte de sa chambre. « Je comprends que tu es morte. Évidemment tu es morte. C’est peut-être mieux comme ça. Je me sens mieux comme si ta disparition n’était déjà qu’un vieux souvenir, une façon d’abréger mes souffrances mais aussi les tiennes après tout », écrit-elle.

... La suite dans Causette #98.

Publié le 05 Mars 2019
Auteur : Laurence Garcia | Photo : Smith pour Causette
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