La copine de Causette Publié le 01 Mai 2011 par Liliane ROUDIÈRE, Isabelle MOTROT

Yolande Moreau La petite martienne dans la prairie

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Si l'on imaginait notre gaillarde Deschienne dans la petite maison dans la prairie,ce serait en bûcheron fou, tablier à fleurs, tronçonneuse à la main, qui élaguerait têtes et haies !


Et pourtant, perdue au milieu des champs de colza, à la frontière de l'Eure et de la Normandie,Yolande vit dans un paradis, d'amour, d'oiseaux et de douceur.
Le décor est complet : maison familiale,grange restaurée pour les grandes tablées,parterres de fleurs, potager, cabanes
dans les arbres pour les petits-enfants,terrain de boules et caravane-chambre d'ami parmi les moutons noirs...

Y’en a un qui est né cette nuit ! » Trop mignon. « Et on en a mangé un hier soir, y’avait une fête ! » Ah ! elle est comme ça, Yolande, terriblement terrienne et pourtant si déconnectée, irréelle. Avec un résidu d’accent belge. On l’a interrompue en pleine séance de jardinage : « Faut peut-être que j’aille me changer pour les photos ? » Peut-être. La jardinière en sabots retire une robe qui sèche au grand soleil sur le fil à linge. « Je l’aime bien celle-là. » Et revient après quelques instants, pomponnée comme une princesse. « Ça ira comme ça ?» Parfait.

 

Le parler de Yolande est un peu comme du morse : point - point - tiret - tiret long - point. Morcelé. Mais il faut écouter ses silences. Ne pas hésiter à reposer les questions. Il s’agit plus de modestie que de pudeur, elle en dit peu à la fois, comme si tout cela n’était guère intéressant. Petit à petit se dessine son enfance, passée dans une banlieue de Bruxelles, auprès d’un papa wallon, négociant en bois, d’une maman flamande, au foyer, et de ses trois sœurs. « Enfant, j’étais, comment dire, assez solitaire. J’avais du mal à me lier aux groupes. C’était un souci pour moi, ça. » Fréquentant l’école catholique, elle se prend de passion pour Dieu et se trimballe des chapelets dans les poches. « J’étais très mystique. Puis, c’est très curieux ça, avec la sexualité, le corps qui change, j’ai eu besoin d’avoir recours à quelque chose de plus concret, alors j’ai reporté mon amour pour Dieu sur le curé de la paroisse. Mais ça ne tenait pas, il était trop gros, alors j’ai imaginé un curé espagnol, allez savoir pourquoi ! Un beau brun aux yeux noirs. Lui, il me plaisait bien ! » Mais l’adolescence l’emporte vers des terrains plus pragmatiques, elle écoute les Beatles et les Moody blues, écrit des poèmes, peint abstrait, se rebelle, chausse des pompes orange et emmerde son monde au foyer et à l’école. « Mes parents se sont fait des cheveux gris avec moi. Alors encore aujourd’hui, même si je pense que ça n’arrivera pas, j’ai peur de les froisser ! »

 

...la suite dans Causette #14...

 

Publié le 01 Mai 2011
Auteur : Liliane ROUDIÈRE, Isabelle MOTROT | Photo : Christophe MEIREIS
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