Culture Publié le 04 Décembre 2018 par propos recueillis par Carine Roy

''Désobéir, c'est choisir''

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La metteuse en scène Julie Berès a recueilli les témoignages de jeunes femmes issues de l’immigration. Elles évoquent la radicalisation, la misogynie et le racisme qu’elles subissent au quotidien dans un spectacle fort et édifiant, intitulé Désobéir.

Créée en novembre 2017 dans le cadre de la quatrième saison des « pièces d’actualité » initiée par Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Désobéir, pièce de Julie Berès, ne devait durer qu’une soirée. Mais devant l’engouement massif pour ce « spectacle documentaire », il entame une grande tournée à travers la France. Ces portraits de jeunes femmes réalisés à partir de témoignages d’habitantes d’Aubervilliers et des communes alentour questionnent leur place dans la société. On suit avec émotion leur combat contre le poids de la tradition, le sectarisme, tout en partageant leurs rêves et leur désir d’émancipation… Pour Julie Berès, le théâtre est une tribune, un endroit où l’on peut se poser les bonnes questions. Avec sa compagnie, Les Cambrioleurs, fondée en 2001 à Brest (Finistère), elle a développé un programme d’actions culturelles en milieu scolaire et universitaire, dans les maisons de retraite, les prisons et les hôpitaux. Ses créations, en prise avec le réel, sont régulièrement programmées au Théâtre de Chaillot, à Paris, et sur de nombreuses scènes nationales. Désobéir ne fait pas exception.

CAUSETTE : La pièce commence par le témoignage d’une jeune fille en jilbab (vêtement qui couvre la tête et l’ensemble du corps à l’exception des pieds, des mains et du visage)…

JULIE BERÈS : Le point de départ de ce spectacle était la radicalisation. À partir d’un témoignage réel, je souhaitais montrer comment une jeune femme choisit de se radicaliser pour se construire, puis comment elle se libère… Et montrer aussi qu’il existe plein d’autres modèles de construction possible. Avec mes collaborateurs, Kevin Keiss et Alice Zeniter, nous avons collecté, grâce à l’aide d’associations, de nombreux témoignages de jeunes filles entre 18 et 25 ans en voie de déradicalisation. Je les ai enregistrées pour comprendre le processus. Quand elles se radicalisent, elles sont, en général, dans un moment de grande fragilité, de doute sur l’existence, sur leur identité, la valeur de la vie. Et puis elles rencontrent, souvent sur Internet, un homme qui leur dit : « Je comprends ta souffrance, elle est normale ; et ta lutte et ta colère, tu peux en faire quelque chose, et nous, on a besoin de toi. » Pour elles, au départ, c’est d’un romantisme absolu.

... La suite dans Causette #95.

Publié le 04 Décembre 2018
Auteur : propos recueillis par Carine Roy | Photo : © W. Vainqueur
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