Corps et Ame Publié le 04 Décembre 2018 par Aurélia Blanc, Anna Cuxac, Lauren Malka

Ménopause : cessons de nous cacher !

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La ménopause, c’est un peu comme les règles, c’est tabou et un peu dégoûtant. Comme beaucoup de choses qui concernent le corps des femmes, en fait. Aujourd’hui encore, se faire traiter de ménopausée, c’est franchement pas un compliment. Faut dire que ça sent la vieillerie, l’aigreur et la date limite de consommation largement dépassée. STOP ! Arrêtons d’en faire un gros mot. Et pour mieux comprendre comment on en est arrivé là, il est temps de décrypter la « fabrique de la ménopause », ce phénomène qui ressemble de très près à une construction sociale. Une fois de plus…

Cécile Charlap : « La ménopause est encore perçue comme une déficience »

Chercheuse en sociologie et auteure d’une thèse sur la « fabrique de la ménopause », Cécile Charlap nous interroge sur l’invention de cette notion, sa construction comme « pathologie », la dramaturgie de sa mise en scène dans les médias et la représentation de la femme qui en résulte. Et si on arrêtait de voir la ménopause comme une maladie ?

CAUSETTE : Quelle est la vision de la ménopause dans les pays occidentaux ?

CÉCILE CHARLAP : J’introduis mon livre par une anecdote que je trouve parlante. En 2014, la comédienne Corinne Touzet a été interviewée par un magazine après la diffusion, sur France 2, d’un téléfilm dans lequel elle interprète une femme ménopausée *. Elle explique : « Que ce soit clair, je ne suis pas ménopausée ! J’avoue que voir en titre dans la presse sur Internet “Corinne Touzet ménopausée” était un raccourci assez violent. » Cette prise de parole publique illustre la violence avec laquelle le fait d’être qualifiée de « ménopausée » peut être ressenti dans notre société. J’ai pu vérifier cela en réalisant mon enquête et en observant la difficulté d’accéder à des entretiens avec des femmes pour parler de la ménopause. Par comparaison, réaliser des entretiens avec des femmes franc-maçonnes, lors d’une précédente recherche, a été bien plus aisé. La ménopause est apparue plus secrète qu’une société secrète.

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Ménopause sociale : La pression de l'obsolescence programmée

Pas encore ménopausées, mais plus censées être mères : c’est le lot des femmes à partir de 40 ans, l’âge où débute la « ménopause sociale ». Une règle qui ne dit pas son nom, mais qui influence les femmes, leur rapport à la maternité et, plus encore, le regard qu’on porte sur elles. « J’ai eu mes deux premiers enfants à 18 et 24 ans. À 42 ans, j’ai eu envie d’en avoir un troisième. Mais j’ai eu peur que l’écart d’âge dans la fratrie soit trop important. Et puis je n’avais pas envie de faire “un enfant de vieux”, alors j’ai renoncé », confie Ghislaine, aujourd’hui grand-mère. Ce qu’elle raconte là n’est ni singulier ni anodin : c’est la parfaite illustration de ce que la sociologue Cécile Charlap appelle la « ménopause sociale », cette norme qui veut que, après 40 ans, les femmes ne sont plus censées faire d’enfants, même si elles sont encore fertiles. « Un bon usage du corps est enjoint aux femmes à partir de la quarantaine : elles passent du pouvoir de procréer au devoir de ne plus le faire », explique Cécile Charlap dans sa thèse sur la ménopause.

Cet interdit, l’ethnologue Véronique Moulinié l’avait déjà pointé dans son travail sur les opérations chirurgicales et leur portée sociale 1 au début des années 1990. À l’époque, elle avait enquêté dans le Lot-et-Garonne auprès de femmes qui, dans les années 1960, étaient alors nombreuses à avoir subi une hystérectomie (une ablation de l’utérus) à l’approche de la ménopause. Un acte qu’elles voyaient non pas comme une mutilation, mais comme une « libération ». Libérées, oui, mais de quoi ?

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Ménopause précoce : Y a pas de règles

La ménopause n’est pas souvent accueillie avec allégresse. Alors, quand elle tombe bien plus tôt que prévu, c’est carrément violent. Le travail d’acceptation est, dans ces conditions, d’autant plus nécessaire.

« Vieille avant l’heure. » Voilà comment Virginie, 41 ans aujourd’hui, s’est considérée à 38 ans quand elle a fait le lien entre ses règles de plus en plus espacées, ses bouffées de chaleur nocturnes et la périménopause qu’elle traversait. Mêmes symptômes, mêmes effets qu’une ménopause classique, située entre 45 et 55 ans. Mais la ménopause précoce, qui touche 10 % des femmes avant 45 ans et 1 % avant 40 ans, provoque chez les femmes qui en sont atteintes un sentiment vertigineux de malchance et de fatalité.

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Bienvenues au club !

Pendant des siècles, c’est dans des chuchotements honteux que les femmes s’informaient entre elles sur la ménopause. Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses à faire voler en éclats le tabou, grâce à des groupes Facebook privés sur lesquels elles se serrent les coudes et même à des rencontres de groupes avec des praticiens. Plutôt nerfs lâchés ou méthode Coué ? Suivez le guide, il y en a pour tous les goûts.

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Publié le 04 Décembre 2018
Auteur : Aurélia Blanc, Anna Cuxac, Lauren Malka | Photo : illustration : Besse
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