cinema Publié le 05 Novembre 2018 par Danielle Jaeggi

Documentaire : Anna, l’intrépide des Yatzkan 05/11/18

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La réalisatrice Danielle Jaeggi nous livre son coup de cœur pour le dernier film d’Anna-Célia Kendall-Yatzkan, Les Yatzkan, l’histoire de sa famille, entre Lituanie et Pologne.

J’admire le courage d’Anna-Célia Kendall-Yatzkan et son langage. À chaque film, elle invente une forme originale. Dans le dernier, Les Yatzkan, elle s’implique personnellement et se lance corps et âme sur les traces de ses ancêtres juifs, brisant les tabous familiaux. Entre une mère aimante et sa fille, c’est toujours compliqué ; que va faire Anna du piano de sa mère, ses objets, ses papiers et ses bouts de ficelle laissés en héritage par Tiya ? Tout le monde connaît ça, la gestion des « restes » des défunts, mais quand la grande Histoire s’en mêle… Anna peut-elle décemment liquider les affaires de sa mère ?

Anna se met au travail et, au fur et à mesure, nous découvrons avec elle toute une histoire. Reconstituées à partir de trois fois rien, des initiales sur un mouchoir, des lettres illisibles, des photos de parfaits inconnus, les histoires non dites se font jour, et le destin de victimes de la Shoah, tout là-bas en Lituanie, à qui Anna donne enfin un visage et un nom.

Elle se lance à l’assaut et se rend sur les lieux. Entrant dans la peau de personnages de son histoire familiale, et même de son grand-père Yatzkan, fondateur d’un grand journal yiddish, la voilà en toque et redingote façon burlesque sur les routes de ces contrées lointaines et, aujourd’hui encore, hostiles aux Juifs. Elle colle de grands portraits photographiques de ses disparus sur les maisons et les lieux qu’ils ont habités et où certains ont été massacrés. Par un hiver glacial, Anna part choisir un pin centenaire témoin des massacres de 1941 perpétrés là, dans une forêt lituanienne, pour le revêtir de la photo de son arrière-grand-mère assassinée, et dont une cousine vient incidemment de lui découvrir qu’elle portait son prénom : Chana (Anna, en français). À Varsovie, sur la façade d’un immeuble reconstruit après-guerre sur les décombres de la rédaction du journal de son grand-père, elle affiche les portraits des rédacteurs et les photos des locaux, et en gros caractères hébraïques yiddish, les signes du nom du journal qui nous interpellent : Haynt (Aujourd'hui). Surgit soudain un homme menaçant qui arrache rageusement les affiches. Il faut voir alors Anna agiter ses petits poings délicats avec vigueur et détermination sous le nez de son agresseur, comme pour l’inviter à la boxe !

Une fois ce parcours mémoriel accompli, elle se décide à vendre une partie des objets de sa mère qui envahissent sonappartement. Et pour cela aussi, pour cette séparation symbolique, il lui faut du courage. Et du style.

 

 

Les Yatzkan, d’Anna-Célia Kendall-Yatzkan. En salles le 7 novembre au Saint-André-des-Arts, puis en tournée dans toute la France.

Publié le 05 Novembre 2018
Auteur : Danielle Jaeggi
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