Société Publié le 05 Novembre 2018 par Joseph Schovanec

Autisme : vue(s) de l'intérieur

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Trois romans viennent de paraître coup sur coup sur le même thème : le parcours de parents dont l’enfant est autiste. Qui mieux qu’une personne atteinte elle-même d’autisme pouvait rendre compte de ces livres et interviewer leurs auteur·es : Florence Henry, Samuel Le Bihan et Élizabeth Tchoungui ? Causette a donc fait appel à Josef Schovanec, philosophe, écrivain, traducteur (il parle sept langues), chroniqueur et même acteur.

Atteint du syndrome d’Asperger, Josef Schovanec donne de nombreuses conférences sur ce sujet, dont le succès tient à la fois de l’originalité de ses points de vue et de son pétillant sens de l’humour. Ainsi raconte-t-il, à propos de son handicap : « La question qui hante [ma] scolarité : si vous ne savez ni jouer au cerceau ni nouer vos lacets, mais que vous vous passionnez pour le calcul différentiel, avez-vous les compétences pour passer en année supérieure de maternelle ? » Il les avait. Maintenant, on se tait, la parole est à Josef !

Les livres qui font l'objet des interviews des auteur.es par Josef Schovanec :

Le jour où tu es né une deuxième fois, d’Élizabeth Tchoungui

Ce que raconte le livre : Le fils d’Élizabeth Tchoungui, journaliste qui a longtemps présenté Les Maternelles, sur France 5, est autiste Asperger. Face à ce diagnostic, elle s’est retrouvée bien seule, errant de médecin en médecin et se sentant abandonnée par certains proches. Elle raconte ce parcours de la combattante et plaide pour une société plus bienveillante et plus inclusive.

Le point de vue de Josef Schovanec : « “Je ne réaffirmerai jamais assez haut et fort les vertus du Grand Village à l’africaine”, écrit Élizabeth Tchoungui. Comment résister à pareille invitation ? Invitation plus qu’au voyage : c’est de redécouvrir le monde, qu’il est question. Un monde où langues, chants, neurones et continents se métissent, vibrent à l’unisson dans, sans doute, l’une des plus optimistes fresques, où c’est de l’autisme que la vie se réjouit. »

Un bonheur que je ne souhaite à personne, de Samuel Le Bihan

Ce que raconte le livre : Acteur et réalisateur, Samuel Le Bihan, lui-même père d’une petite fille autiste, choisit la fiction pour appréhender ce sujet. Son héroïne est une femme qui, face à l’adversité, va basculer dans l’illégalité. Face à la surdité de certains professionnels de santé et au système scolaire inadapté, cette mère choisit la radicalité.

Le point de vue de Josef Schovanec : « À première vue, l’ouvrage de Samuel Le Bihan figure au rang des plus étonnants. Le lecteur, en particulier masculin, pourra être dérouté par l’inversion des genres entre auteur et personnage principal ; peut-être regrettera-t-il un instant, avant d’être happé par la force du récit. Ce n’est pas son histoire propre que Le Bihan narre, mais celle qui, il y a plus de dix ans et durant des années, fit vibrer la communauté autistique alors naissante : l’affaire Timothée, du nom de cet enfant auquel le droit à la scolarisation fut dénié et dont la famille ne vit d’issue que dans l’exil en la verte Érin [l’Irlande, ndlr]. À l’instar d’un aède [conteur] des temps anciens, tissant les récits, reformulant avec sa langue sans pareille les vécus, c’est une sorte d’épopée fondatrice des temps héroïques de l’autisme que Samuel Le Bihan à nos yeux déroule. »

L’Enfermement, de Florence Henry

Ce que raconte le livre : L’Enfermement est un témoignage. Celui de Florence Henry, maman d’Océane. Elle raconte son long combat personnel pour tenter de sortir sa fille de son isolement. Dès la maternelle, médecins et instituteurs diagnostiquent sa fille autiste. Devant le peu d’espoir qu’ils donnent à Océane, Florence décide de la déscolariser et de la faire renaître au monde. Jeux, exercices, la mère invente son propre système d’apprentissage. Aujourd’hui, Océane prépare son bac S et rêve de devenir astronaute.

Le point de vue de Josef Schovanec : « L’autisme est coutumier des querelles entre tenants de telle ou telle méthode. Avec Océane et sa mère, c’est une option radicalement différente que l’on explore : celle de l’indomptable volonté ainsi que de l’engagement total de deux femmes. Jour après jour, geste après geste, nonobstant les signes omineux [de mauvais augure, ndlr], chaque instant de leur vie est consacré aux apprentissages. Aussi – voire surtout – à la résistance opiniâtre aux autorités, tant savantes qu’administratives, et à leurs sombres pronostics, leurs menaces proférées à l’encontre d’une mère qui refuse de se plier aux procédures imposées. Jusqu’à, sur la fin, recevoir, grâce au succès de sa fille, le plus touchant des lauriers. »

... La suite dans Causette #94.

Publié le 05 Novembre 2018
Auteur : Joseph Schovanec | Photo : illustration : Morgane Bellec pour Causette
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