Reportages Publié le 05 Novembre 2018 par Alexia Eychenne

Guerre des gangs à Londres : Mourir à 15 ans

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Alors que les rixes entre ados se multiplient à Paris et en banlieue, les quartiers déshérités de Londres subissent depuis plusieurs années des vagues de violence similaires où des bandes de gosses s’affrontent à coups de couteau ou de revolver. Chaque mois, certains meurent dans ces guerres fratricides attisées par les réseaux sociaux. Pour tenter d’enrayer cette criminalité, anciens délinquants et ex-gamins des cités partent au front en espérant prouver aux jeunes, par leur exemple, que d’autres vies sont possibles.

Quand Junior Smart a rendu pour la première fois visite à cette gamine d’une quinzaine d’années, elle était allongée sur le lit d’un hôpital londonien. Quelques heures plus tôt, elle débarquait aux urgences, un couteau de cuisine enfoncé dans le ventre. Les médecins l’ont sauvée in extremis, mais la lame a brisé ses chances d’avoir un jour un enfant. « En entrant dans sa chambre, je lui ai dit : “Tu as une chance incroyable d’être vivante”. Elle m’a lancé : “Je suis une soldate, moi. Je survivrai à tout”. Elle ne se rendait pas compte de la violence subie. C’était une composante de sa vie. » Le coup de couteau venait d’une rixe avec une bande de filles. « Une histoire de garçons », dit en soupirant Junior Smart avec un triste sourire, de sa voix douce au débit chantant. Né au sud de Londres, ce Britannique de 42 ans promène sa frêle silhouette d’hôpitaux en commissariats, d’écoles en services de justice pour mineurs. Partout où des adultes, désemparés par la violence subie ou commise par des jeunes gens, l’appellent à la rescousse. Depuis douze ans, il est à la tête du SOS Gangs Project, un dispositif destiné à enrayer la criminalité dans laquelle est engluée une frange de la jeunesse londonienne. Un projet imaginé en prison, où il a été incarcéré pour trafic de drogue. Et un travail de longue haleine pour lequel il active tous les leviers : école, famille, logement… « Dans le cas de cette jeune fille, nous avons trouvé des fonds pour la changer de quartier et lui faire réintégrer le lycée, se souvient Junior Smart. Il y a eu des périodes sensibles, comme les vacances. Si elle s’ennuyait, où allait-elle traîner, pour voir qui ? » Après un an de suivi sans relâche, il la croit sur de bons rails, même si rien n’est jamais acquis.

... La suite dans Causette #94.

Publié le 05 Novembre 2018
Auteur : Alexia Eychenne | Photo : Alex Mais pour Causette
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