Culture Publié le 01 Octobre 2018 par Carine Roy

Claire Tabouret : foules sentimentales

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C'est elle qui a réalisé la sublime affiche du dernier Festival d'Avignon. En cette rentrée, pas moins de quatre expos lui sont consacrées. Dans ses toiles monumentales, Claire Tabouret peint des êtres en résistance, inquiétants comme dans les films de David Lynch, ou faussement ingénus comme les héroïnes de Sofia Coppola. Rencontre avec celle que tout le monde s’arrache.

Lorsqu’elle a vu Les Nymphéas, de Monet, à l’Orangerie, Claire Tabouret a su qu’elle serait peintre. Elle avait 4 ans. Un souvenir inoubliable de petite fille enivrée par ces fleurs immenses. Une émotion si forte qu’elle tente de la retrouver à chaque fois qu’elle peint. À 37 ans, elle est au sommet. Il faut dire que sa cote a sacrément grimpée quand, en 2013, Agnès b. et François Pinault ont acquis plusieurs de ses toiles. Sa vocation d’artiste, elle la compare à une entrée en religion. Enfant et adolescente solitaire, née à Pertuis, dans le Vaucluse, de parents anglo-alsaciens, elle a grandi dans les quartiers nord de Montpellier (Hérault), avec une idée fixe : peindre. De 2001 à 2006, elle suit les cours des Beaux-Arts à Paris. Après avoir fait des boulots alimentaires pour pouvoir se consacrer à sa passion, elle participe à différentes résidences d’artistes. Depuis, elle a exposé avec Yoko Ono à la Villa Médicis, à Los Angeles, Venise, New York et Shanghai. Libre et frondeuse, à l’image d’un de ses modèles, l’écrivaine-voyageuse Isabelle Eberhardt, elle aime lire et écrire dans une ancienne cabane de chercheurs d’or située dans le désert californien, et peint dans son atelier de 400 mètres carrés à Frogtown, friche industrielle de Los Angeles. Loin du tumulte…

CAUSETTE : Vous avez intitulé votre dernière exposition I am crying because you are not crying (« Je pleure parce que tu ne pleures pas »). Pourquoi ?

CLAIRE TABOURET : Je me suis intéressée au corps-à-corps, à la relation amoureuse, à la douleur de la rupture. Elle peut transpercer un coeur d’une manière déraisonnable. J’ai eu l’envie folle de faire une exposition comme on ferait une chanson d’amour. Il y a plein de chansons d’amour que l’on peut écouter quand tout va bien et qui peuvent nous arracher des larmes parce que cela évoque quelque chose, ça transcende la réalité du moment. J’ai peint des corps enlacés en m’inspirant des postures des lutteurs. Il y en a toujours un qui attire l’autre vers lui pour le mettre au sol et l’autre qui essaie de se dégager de cette étreinte. Ce mouvement se rejoue sans cesse. C’est la non-réciprocité d’un sentiment, la grande douleur de ce moment-là que j’ai voulu aborder.

... La suite dans Causette #93.

Publié le 01 Octobre 2018
Auteur : Carine Roy | Photo : © M. Rosenthal
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