Société Publié le 01 Octobre 2018 par Assia Hamdi

Ceinture noire, colère blanche

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À la Maison des femmes de Saint-Denis, depuis mars 2018, l’ancienne sportive de haut niveau Laurence Fischer enseigne le karaté à des femmes victimes de violences. Par les coups de poing et les cris, la triple championne du monde guide ces accidentées de la vie pour qu’elles retrouvent la fierté de leur corps et empruntent le chemin de la résilience.

« Je vous montre l’astuce pour nouer votre kimono. L’une des extrémités de la ceinture doit être plus grande que l’autre… » Ce jeudi, elles sont sept apprenties karatékas à imiter les gestes de Laurence Fischer, ancienne athlète de haut niveau. Réunies dans une petite salle à Saint-Denis, en région parisienne, la plupart n’ont jamais fait de karaté. Pendant une heure, avides de combats, elles copient avec dévotion les positions de garde et coups de pied de leur professeur. Mais, pour ces survivantes, venir à cet atelier est déjà une grande victoire.

Lancé en mars 2018, le cours de karaté de Laurence Fischer soigne des rescapées. « On a des cas d’excisions, de viols, des violences génitales… », déplore l’ancienne sportive. L’atelier hebdomadaire a lieu à la Maison des femmes de Saint-Denis, au bord du périphérique. Venu au monde en juillet 2016 à l’initiative de la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, le centre propose un accompagnement médical, juridique et psychologique à des femmes dans des situations sociales difficiles. « Les ateliers font partie du parcours de soin, précise Violette Perrotte, chargée de projet de la structure. Un·e docteur·e le conseillera à une patiente s’il·elle juge que ça peut lui faire du bien. » C’est comme ça que Naila, 30 ans, est arrivée au cours. Vêtue d’une salopette, la petite brune débarque dans la salle pour sa deuxième séance.

Ce jeudi, Wahiba, 45 ans, coupe à la garçonne, fait son baptême de karaté. Première arrivée, aujourd’hui, la débutante s’applique à installer les tapis. « C’est la seule maison en France qui fait ça, c’est formidable. » Il y a cinq mois, Wahiba a quitté l’Algérie pour rejoindre son mari. « Là-bas, je faisais de l’aérobic et, parfois, je courais. Et je voulais tenter un sport de combat », se remémore-t-elle dans un français presque parfait. Son sourire jovial ne révèle rien du drame qu’elle a vécu et qu’elle préfère taire. Dans une belle robe fuchsia, Lucile arrive en retard... mais pleine d’envie. Cette blonde coquette est une habituée du cours quand son planning de professeure des écoles le lui permet.

... La suite dans Causette #93.

Publié le 01 Octobre 2018
Auteur : Assia Hamdi | Photo : Magali Corouge
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