Chiffons Publié le 28 Septembre 2018 par Elvire Emptaz

La jupe crayon, tube de l'année

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Alors que la mode actuelle prône le confort et les formes amples, la jupe crayon revient sur le devant de la scène, comme une exception qui confirme la règle.

La taille haute, moulante et courant jusque sous le genou, la jupe crayon représente à la fois la contrainte et la puissance. Elle fait partie de ces habits qui font débat. Pas dans la catégorie des litiges stylistiques dans laquelle on retrouve, pêle-mêle, les fameuses claquettes-chaussettes, la banane ou le trikini. Plutôt en tant que symbole d’une féminité à la fois exacerbée et asservie, à la façon du corset au début du XXe siècle.

« La jupe crayon est entravante car tellement serrée au niveau du genou qu’elle oblige à faire de tout petits pas, ce qui est extrêmement contraignant. Ce qui est jugé sexy, c’est, justement, l’érotisation de l’entrave », analyse Christine Bard, historienne, professeure à l’université d’Angers (Maine-et-Loire) et auteure de Ce que soulève la jupe (éd. Autrement). La féministe qu’est Christine Bard voit une dangerosité inhérente à ce vêtement. « Quand on a une telle jupe et des talons, on ne peut pas courir, c’est tout simplement une manière d’empêcher de se mouvoir librement. Je pense à Maurice Sachs, qui écrit dans son journal, Au temps du Boeuf sur le toit [éd. Grasset, ndlr] : “J’ai suivi ce matin, dans la rue, une jeune femme qui portait une robe entravée ; elle avait une peur terrible, voulait courir, ne le pouvait pas, ne savait comment faire. Je me suis bien amusé.” On parle beaucoup, et à juste titre, de la culture du viol, il faut réfléchir à l’érotisation de la domination qui a formaté nos esprits et nos imaginaires. Nous héritons d’une hypervalorisation de la fragilité des femmes. »

... La suite dans Causette #93.

Publié le 28 Septembre 2018
Auteur : Elvire Emptaz | Photo : illustration : Michael Prigent
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