Société Publié le 28 Septembre 2018 par Laurence Daycare et Sarah Gandillot

J'ai arrêté le porno

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Ils et elles ont entre 20 et 30 ans, sont issu·es d’une génération qui a assisté à l’avènement du porno gratuit sur Internet, et tous et toutes ont décidé de cesser d’en consommer. Un choix politique pour certain·es, un désir de retrouver une sexualité qu’ils·elles estiment plus naturelle pour d’autres.

“ Une industrie capitalistique ”

Diego, 31 ans, ingénieur de recherche

« J’avais 12 ou 13 ans la première fois que j’ai regardé du porno. Le grand frère d’un copain nous avait amené des cassettes érotiques. J’en ai regardé tout au long de mon adolescence. Cela me permettait de me documenter sur de nouvelles pratiques sexuelles. Je cherchais à me renseigner sur la manière dont sont fabriquées ces vidéos, lorsque j’ai rencontré des militantes altermondialistes et féministes à la fac. J’ai cessé d’être un consommateur passif. J’ai réalisé que le porno était une industrie capitaliste qui fonctionne avec des acteurs et des actrices, souvent exploité·es pour enchaîner des saynètes de vingt minutes. Leurs conditions de travail sont à mille lieues de ce que montre la caméra. Les vidéos ont alors perdu tout leur charme. Ma sexualité avait déjà évolué avant que j’arrête le porno, et c’est pour ça que je n’ai plus eu envie d’en regarder. J’avais beaucoup mieux compris ce qu’impliquait le sexe pour mes partenaires. J’ai eu des rapports plus apaisés et égalitaires. Tu es tout seul quand tu regardes du porno. Alors que faire l’amour est un échange avec une ou plusieurs personnes. Il m’arrive toujours de me masturber sur un support que je trouve érotique, comme une bande dessinée ou une photo Instagram. »

... La suite dans Causette #93.


“ Le porno est devenu un rite de passage ”

Philippe Brenot est psychiatre, anthropologue et thérapeute de couple. Il dirige les enseignements de sexologie et sexualité humaine à l’université Paris-Descartes et préside l’Observatoire international du couple.

CAUSETTE : A-t-on toujours consommé du porno ?

PHILIPPE BRENOT : En Grèce, au Ve siècle, des artistes venaient peindre, pour des particuliers, la prostitution ou des scènes sexuelles vécues. Par ailleurs, l’initiation des jeunes hommes se faisait dans les maisons closes. 90 % de nos grands-pères et arrière-grandspères y ont commencé leur sexualité. À partir des années 1970, il y a eu les cinémas X. Puis la télévision a pris le relais. Le sexe était caché. Il fallait se donner du mal pour y accéder. Dans les années 2000, l’accès au porno sur le Web a totalement changé la donne. Cela représente 30 % du flux Internet mondial. Devant les Gafam ! [Google, Apple, Facebook, Amazone et Microsoft, ndlr.] Le porno a remplacé le bordel. Bien sûr, cela reste une certaine représentation de la sexualité, souvent avilissante, mais le constat est là : c’est devenu un rite de passage. L’idéal serait d’accompagner les adolescents en les amenant à être juges et critiques.

... La suite dans Causette #93.

Publié le 28 Septembre 2018
Auteur : Laurence Daycare et Sarah Gandillot | Photo : illustration : Léa Taillefert pour Causette
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