Vieille France Publié le 28 Septembre 2018 par Eric La Blanche

À courre et à cris

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Baisse du prix du permis, éventuel rétablissement des chasses présidentielles, campagne de pub présentant les chasseurs comme « les premiers écologistes de France », la chasse est au centre de l’actualité, malgré l’opposition croissante qu’elle suscite. C’est dans ce contexte un peu plombé que nous avons suivi une chasse à courre, en compagnie de celles et ceux qui tentent de les faire interdire. Sacrebleu !

9 h 45. La sonnerie brutale d’une trompette fêlée m’agresse le tympan droit. Nous sommes une trentaine, pro et antichasse, à attendre en lisière d’un bois de la forêt de Compiègne, dans l’Oise. Un cavalier en livrée sort de la futaie et passe, altier, à quelques mètres de nous, pompant dans son cor de chasse. « Vous avez reconnu l’air ? » me demande Philippe, sympathique chasseur. « C’est Sur la route de Louviers, fredonne-t-il, guilleret. Ça indique aux autres cavalier·ères que le cerf a passé la route ! » Le cor de chasse, c’est un peu l’ancêtre du talkie-walkie, le bouton du volume en moins.

La chasse à courre, ou vénerie, est pratiquée depuis au moins six cents ans et il en existe environ quatre cents équipages en France. Cette tradition aristocratique, très prisée de la haute bourgeoisie, consiste pour quelques cavalier·ères, ici une quinzaine, à mener une meute de chiens « à cor et à cri » à la poursuite d’une proie déterminée à l’avance : cerf, chevreuil, sanglier, etc. Elle a lieu de fin septembre à fin mars dans des forêts publiques deux jours par semaine, les mercredi et samedi. Les cavaliers et cavalières sont vêtu·es d’une livrée, uniforme traditionnel aux couleurs de leur équipage, et seuls celles et ceux qui auront pour tâche d’achever la proie ont droit à une dague. Les armes à feu sont interdites. Le principe est simple, il s’agit de repérer, puis de poursuivre un animal avec les chiens jusqu’à épuisement. Une fois rattrapé, il est encerclé puis « servi », c’est-à-dire achevé à l’arme blanche. Les chasseurs et chasseuses sont accompagné·es d’une équipe d’une centaine de suiveurs « à pied » (ou plutôt, de nos jours, en voiture), qui assurent l’intendance et sécurisent la chasse, notamment en empêchant les chiens de mettre les automobilistes – et eux-mêmes – en danger.

... La suite dans Causette #93.

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Publié le 28 Septembre 2018
Auteur : Eric La Blanche | Photo : MICHAEL BUNEL/HANS LUCAS POUR CAUSETTE
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