Les gens Publié le 30 Mars 2011 par Liliane Roudière

La coupe du monde des SDF

blog post image

C’est quoi encore cette histoire ? La France a été sélectionnée pour recevoir cette année la 9e Coupe du monde de football des sans-abri ? Ben, c’est super, on est content, mais c’est quoi l’arnaque ? Parce que moi, depuis le reportage sur l’élection de miss SDF en Belgique1, je suis traumatisée. L’exploitation des personnes précaires sous couvert de grands sentiments, ces femmes éreintées par la vie défilant, maquillées comme des camions volés, merci, mais c’est sans moi. Ça ne devrait pas être aux associations de s’occuper de la réinsertion des sans-abri, ou autres, c’est le rôle de l’État. Ce dernier s’en lave les mains et, hypocrite, arrogant, s’autorise même à soutenir ces initiatives. C’est donc pleine de doutes, un peu colère, que je me suis rendue à Orsay (Essonne) pour la sélection de l’équipe de France des sans-abri, un samedi de janvier, dans un froid de gueux… Quand j’en suis repartie, les doigts, le nez et les pieds gelés, j’avais un peu moins froid, une douce chaleur au cœur. J’ai pensé : « La vache, y a encore des gens biens ! »

 

 

Le but de cette Coupe du monde, la Homeless World Cup (HWC), créée à l’initiative de l’Écossais Mel Young en 2003, est, d’une part, la réinsertion sociale par le sport et, d’autre part, la volonté de changer le regard sur les sans-abri (voir encadré). Pour avoir une chance d’être champion du monde, il ne s’agit pas de dormir sous une tente Quechua et de se pointer au stade. Nan… Il y a derrière l’événement un travail interassociatif colossal coordonné par le collectif Remise en jeu, organisateur pour la France depuis 2006, date de la première participation à la HWC. Chaque postulant, n’importe où en France, « étant ou ayant été en situation de précarité dans l’année », doit se rapprocher d’une structure sociale (Emmaüs, Secours catholique, La Mie de pain…) qui le prend en charge « footballement » parlant (attribution d’un référent, entraînements réguliers…).

 

Avant Orsay, une première sélection a eu lieu en novembre dernier à Clairefontaine, oui, le prestigieux Clairefontaine : 300 participants des quatre coins du pays, en majorité des hommes – car, si la compétition est mixte, peu de femmes y participent –, se sont affrontés. « Le principe de cette sélection est qu’il n’y ait pas d’exclusion, que tout le monde puisse tenter sa chance », expliquent Jérôme Le Du et Élodie Bordrie, responsables de Remise en jeu. Ensuite, les joueurs sont sélectionnés selon un double critère : « Aptitudes sportives mais aussi psychiques : sont-ils assez solides et pugnaces pour aller jusqu’au bout de l’aventure, jouer collectif… » Bref, c’est du sérieux.

 

 

... La suite dans Causette #13...

Publié le 30 Mars 2011
Auteur : Liliane Roudière | Photo : Christophe MEIREIS
3073 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette