cinema Publié le 18 Septembre 2018 par Isabelle Motrot

Trop brève rencontre ! 18/09/18

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Kira Mouratova, réalisatrice ukrainienne, a disparu cet été à 83 ans, et nous ne l’avons pas assez saluée. Bien sûr, des prix ont jalonné son parcours – dix-sept prix ukrainiens et internationaux –, mais ses films n’ont pas assez circulé, et son talent pour l’observation subtile de l’âme humaine nous a trop souvent échappé. Dans son pays natal et en Russie, elle était appréciée pour ses « mélodrames provinciaux ».

Née en 1934 à Soroca, ville rom de Moldavie, Kira Mouratova grandit dans une famille communiste. Pourtant, artiste libre, elle n’est pas inféodée au parti. Elle filme les classes modestes avec un réalisme et un sens critique qui lui valent d’être censurée des années durant. Son style libre, loin de l’esthétique soviétique, n’arrange rien aux yeux des autorités et ça n’est qu’avec la Perestroïka, en 1986, que ses films pourront enfin être vus du plus grand nombre. Kira Muratova s’installera alors dans les studios d’Odessa, en Ukraine, et réalisera pratiquement un film par an. En 1990, elle reçoit l’ours d’argent au Festival de Berlin pour son film Le Syndrome asthénique, puis, en 2000, Andrzej Wajda lui remet le prix de la Liberté, pour l’ensemble de son œuvre.

A sa mort, le 6 juin, le réalisateur irlandais Mark Cousins s’est indigné sur Twitter : « Cela me fâche qu'une des meilleures réalisatrices au monde soit morte sans un oscar honorifique, qu'il y ait juste un seul livre sur elle en anglais, je suis fâché contre les programmateurs et critiques qui n'ont pas montré ou écrit sur son travail. » Jeudi 20 septembre, on pourra applaudir le premier long-métrage de Kira Mouratova à Paris, sur grand écran. En effet, Macha Méril et l’association Rivages Russie Evénements lui rendent hommage en présentant ses Brèves Rencontres au cinéma Grand Action. Le film – une histoire d’amour sur fond politique et social – est interprété par la cinéaste elle-même (actrice également) et le chanteur et poète dissident Vladimir Vissotski. Enfin l’occasion de découvrir la finesse de cette cinéaste humaniste qui regrettait que, pendant des années, ses films aient « fini sur des étagères » !

 

Brèves Rencontres, de Kira Mouratova

Première partie musicale consacrée à Vladimir Vyssotski, jeudi 20 septembre à 20h30 au cinéma Grand Action – 5, rue des écoles, Paris Ve.   

Publié le 18 Septembre 2018
Auteur : Isabelle Motrot | Photo : Wikipédia
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