Les gens Publié le 03 Septembre 2018 par Anna Cuxac

Le dessinateur Marsault poursuivi pour incitation au cyberharcèlement 04/09/18

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En 2019, le dessinateur Marsault sera jugé pour « provocation publique à la haine et à la violence en raison du sexe » à l’encontre de la militante féministe Mégane Kamel. Il avait appelé sa communauté à harceler en ligne la jeune femme en 2016. Il n’a pas franchement apprécié notre demande d’interview.

Inciter sa communauté de fans à harceler une personne en ligne vous expose à des poursuites judiciaires. C’est ce qu’a appris à ses dépens le dessinateur Marsault, qui évolue en électron libre dans la galaxie de la jeunesse d’extrême droite. Pas d’affiliation connue et un propos qui vise généralement à ne pas dépasser les limites légales du politiquement incorrect, lui se rêverait plutôt punk anarchiste de droite. Bédéaste publié chez Ring, avec ou sans son poto Papacito (lire notre article dans Causette #92 de septembre), Marsault devra répondre de la charge de « provocation publique à la haine et la violence en raison du sexe » à l’encontre de la militante féministe Mégane Kamel lors d’un procès qui se tiendra en 2019.

Tout commence en août 2016, où, à force de dessins au vitriol ultra sexistes, le bédéaste se voit supprimer par Facebook sa page publique, forte de quelque 220 000 fans. De quoi rabattre le clapet d’Eugène, le personnage de Marsault, dont la passion est de dégommer au fusil, coups de pied ou de poing les féministes, les « bien-pensants » de gauche ou les « racailles » au cri de « BREUM ».

Sur sa page privée, Mégane Kamel se réjouit de la nouvelle. Le 7 août, l’artiste dénonce en la nommant la « connasse hystérique » qui, croit-il, est à l’origine de la fermeture de sa page et lance à demi-mot un appel au raid numérique contre Mégane Kamel : « Tu vas peut-être recevoir 3-4 messages, hein. »

Aussitôt, la horde se lâche sur le compte Facebook de Mégane Kamel, avec des messages comme « on va t’exciser à l’opinel ». Marsault aura beau jeu d’appeler au calme le lendemain sa communauté de misogynes-courageux-derrière-un-ordi : le mal est fait, et, à ce jour, la jeune femme dénombre « plus de 1 300 messages d’insultes et de menaces ».

Aujourd’hui, elle est très tendue par cette histoire et « sursaute encore lorsque [son] téléphone vibre » - des symptômes post-traumatiques bien identifiés chez les personnes harcelées en ligne. Comme souvent dans ces cas, la plainte déposée à la police n’a pas eu de suite, si bien que c’est parce que Mégane Kamel et son conseil se sont directement tournés vers le procureur de la République que la justice s’est emparée de l’affaire. « Je veux en faire un exemple », dit la jeune femme.

Le 26 juillet, Causette sollicite par mail le dessinateur pour une interview au sujet du procès à venir. Il répond le lendemain par un doux : « Va te faire mettre. » On en reste là. Content de son bon mot, il ne peut s’empêcher, le 5 août, de publier l’échange, toujours sur Facebook, afin de dénoncer « un piège pour [lui] baiser la gueule » : « Mes propos auraient été tronqués, et un portrait me dépeignant comme un nazi psychotique qui bave du sang et qui mange des enfants aurait accompagné l’article », fantasme-t-il.

Immanquablement, la « communauté » du dessinateur s’en est donnée à cœur joie pour faire corps.

Quelques-uns ont plutôt défendu le débat d’idées.

D’autres encore ont appuyé la victimisation de Marsault.

Quand un petit malin n’a toujours pas compris la leçon quant au cyberharcèlement.

« Marsault ne sait plus distinguer une journaliste d’une militante, s’excuse pour lui la maison d’édition Ring. Toute cette histoire n’est pas très glorieuse. Il est évidemment allé trop loin vis-à-vis de Mégane Kamel, mais quand on le connaît personnellement, on se rend compte que c’est un garçon au cœur d’enfant, avec beaucoup de douceur. » On ne demande qu’à y croire. Le 13 août, le « cœur d’enfant » publiait, toujours sur Facebook, un texte sur sa vision hallucinée du pays : « Nous sommes entourés de millions de gens qui nous haïssent (nous les blancs) et qui n’attendent qu’une autorisation gouvernementale pour faire légalement ce qu’ils font aujourd’hui illégalement : nous tuer et tout cramer. »

Devant la bronca et les « fans » éberlués qui se désabonnent en masse de sa page (« 1 000 désabonnements en une heure », chouine-t-il), il supprime sa publication. C’est qu’il a besoin d’amour, en fait, ce petit « cœur d’enfant ». Comptez sur Causette pour suivre son procès contre Mégane Kamel.

 

Edit : Depuis que cet article a été rédigé, Marsault a indiqué, le 2 septembre, avoir annulé une exposition dans une galerie parisienne d'un commun accord avec le galleriste, à cause de menaces de vandalisme.

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Publié le 03 Septembre 2018
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Capture d'écran DailyMotion
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