Douce France Publié le 19 Juillet 2018 par Anna Cuxac

Lynchée sur Twitter pour avoir osé dire ''non'' à une demande en mariage 19/07/18

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Oser dire non à son compagnon quand il vous demande en mariage au milieu de la foule le soir de la victoire des Bleus, c’est s’exposer à un lynchage public sur internet. Depuis la diffusion, par un internaute, de la vidéo de ce moment supposément intime, Maëva P. a été traitée de « grosse pute », de « salope » et de « connasse » sur les réseaux. On en est encore là, en France en 2018.

Au téléphone, elle annonce très rapidement : « je suis mère célibataire, je n’ai pas envie de prendre la décision de me marier au bout de neuf mois de relation, j’espère que vous comprenez ». On lui indique qu’elle n’a aucun besoin de se justifier auprès de nous, et elle répond, angoissée : « eh bien là vous voyez, j’ai au contraire l’impression que je suis dans l’obligation de me justifier. »

Maëva P. est victime de cyberharcèlement depuis qu’un internaute, @tortuegenialee_, a filmé et posté le 15 juillet au soir une vidéo la montrant refuser, en paroles et avec la main, la demande en mariage de son copain, au milieu d’une foule en liesse, célébrant la victoire des Bleus à la coupe du monde. 916 000 vues sur Twitter, des milliers d’autres encore sur Youtube, Facebook ou Instagram, et le déchaînement d’internautes décomplexés par l’anonymat de la toile, traitant la jeune femme de « grosse pute » ou de « salope ».

(On arrête là, parce qu'après ça fait redondant, ils et elles n'ont pas été hyper créatif.ves.) | Source : Twitter

Bien sûr, des internautes tout aussi nombreux ont pris la parole pour défendre Maëva face à ce déferlement d’insultes sexistes.


Sources : Twitter et Youtube

N’en demeure pas moins que, pour la jeune femme, le mal est fait et le harcèlement a débordé dans la rue. « De nombreux gamins rigolent à mon passage dans la rue, et j’ai été traitée de grosse pute par une bande de filles qui m’ont reconnue dans le bus », indique-t-elle à Causette. « Ce qui pose problème à ces gens qui m’insultent, en fait, c’est de ne pas avoir eu la réponse attendue dans un moment de joie générale. De casser l’ambiance. » Désireuse de ne pas se laisser faire, Maëva P. a créé un compte Twitter quand des personnes de sa connaissance lui ont dit que cette vidéo circulait sur le réseau social. Mais la communication avec les trolls s’avère, évidemment, impossible :

Lasse de tenter de vider l’océan de bêtise machiste à la petite cuiller, Maëva compte porter plainte contre la personne qui a publié la vidéo. D’autant que le petit malin indique ne pas hésiter à se faire de la thune avec :

« La gestion commerciale de cette vidéo est exclusivement réservée à Caters News. Pour l'utiliser dans le cadre d'une diffusion commerciale, merci de contacter info@caternews.com ou +44 121 616 1100 / +1 646 380 1615. » | Source : Twitter

Et puis, il y a aussi ces journaux (Paris Match, 20 Minutes, LCI, Yahoo Actualité) qui ont rangé dans leur rubrique « insolite » cette vidéo, et que Maëva interpelle désespérément sur Twitter, sans se faire entendre pour l’heure.

Source : Twitter

« Il va falloir que j’appelle les rédactions dès que j’en aurai le temps », prévient-elle. La responsabilité de ces titres devrait être de ne pas participer à la diffusion de cette vidéo, eu égard au préjudice subi par la jeune femme. L’atteinte à la vie privée, « en captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel », est punie par le code pénal par « un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ». Contacté par Causette, un avocat indique : « certes, ces images ont été filmées dans un espace public. Pour autant, à partir du moment où c’est un événement privé qui se tient dans un espace public, la personne a un droit de regard sur la diffusion. »

Evénement privé, vous dites ? S’il y en a bien un qui regrette amèrement cette histoire, c’est le petit copain qui a outrepassé le consentement de Maëva : « il m’a prévenue qu’il allait me demander en mariage dans la foule, je lui ai dit que je ne voulais pas, et que s’il le faisait, je dirais non. Vous pouvez écrire qu’il est bien désolé. »

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Publié le 19 Juillet 2018
Auteur : Anna Cuxac
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