HORS-SÉRIE HISTOIRES D'A. Publié le 18 Juillet 2018 par Marion Rousset

Cité : amours sous surveillance 18/07/18

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Être ado à La Noue, une cité de Seine-Saint-Denis, c’est sortir avec ses copines dans Paris, faire le tour du quartier devant ses copains en scooter, discuter sans fin sur les réseaux sociaux… Mais aussi vivre des amours clandestines, à l’abri du regard des parents et des voisins. Pas simple !

Des gamins hurlent à pleins poumons autour de la bouche d’incendie transformée en geyser. Leur brouhaha couvre jusqu’au vrombissement incessant des scooters qui usent le bitume à force d’emprunter le même chemin. À quelques mètres de là, des jeunes font passer le temps entre la supérette et le salon de coiffure d’un centre commercial hors d’âge, tandis qu’une grappe de filles bavarde devant un hall d’immeuble. La Noue est à cheval sur les villes de Montreuil et de Bagnolet. Ce quartier hérissé de barres et de tours sur dalles, conçu à la fin des années 1960 par Claude Le Goas, un architecte communiste, je le traverse tous les jours avec ma poussette dont les roues se heurtent aux trous et bosses des trottoirs, quand, les jours de pluie, elles ne s’enlisent pas dans la boue des allées en travaux. Plus de quatre mille habitant·es vivent ici, en plein chantier de rénovation urbaine, première phase de l’Anru achevée, la deuxième à venir. En ce mois de juin, le coeur de la cité palpite au rythme du ramadan. Et mon reportage sur « l’Amour à La Noue » s’annonce plus ardu à réaliser que prévu. « Pas le temps », « Pas le droit », « Rien à dire »… tous les prétextes sont bons pour échapper à mes questions. Mais ce qui domine, c’est la peur d’être reconnu·e. « Vous pouvez ne pas mettre les vrais prénoms ? s’enquiert l’une sur Facebook. Pour celui des garçons, faites parler votre belle imagination. »

Tabou et cachette

« Ah… ! c’est une question sensible », lâche, pensive, Florence Humery, chargée du développement social du quartier La Noue-Clos-Français. « Le sujet est tabou », confirme Faiza Guidoum, présidente de l’association de soutien scolaire Mosaïc, installée dans les locaux de la Maison de quartier, qui jouxte la ludothèque. Au fond du couloir, une petite cuisine qui ne paie pas de mine, mais qui est très appréciée des jeunes. Ils viennent y recharger leur téléphone portable et en profitent pour se mélanger. « Ils s’assoient sur le plan de travail. Ici, ils peuvent se parler, se toucher, ils se piquent les lunettes, les stylos… C’était un vrai défilé, cet hiver ! Au bout d’un moment, je finis par toquer à la porte, je ne voudrais pas que ça se termine en partouze ! » s’esclaffe Faiza. Il y a peu de risques… Dans la cité, on ne sort pas ensemble, ou alors on ne le dit pas. « On n’est pas amoureux·se à La Noue, on est juste ami·es. On se connaît tous depuis tout petits », murmure Anissa, le dos collé au mur. Brahim, lui, a déménagé dans le centre-ville, mais il revient toutes les semaines dans son ancien quartier. « Les garçons de La Noue ne sont pas fleur bleue, ils veulent avoir l’air viril. Ceux qui ont une copine, ils la retrouvent en cachette, loin du quartier », explique cet adolescent de 14 ans aux traits enfantins, en mordillant son stylo. Et les filles ? « Elles ont encore plus peur d’être vues… » Pour flirter au-delà des frontières du quartier, mieux vaut aller sur Instagram ou sur Snapchat. À en croire Brahim, c’est efficace. Il compte sur ses doigts : huit. C’est le nombre de petites copines qu’il a connues.

... La suite dans le hors-série de Causette "Histoires d'A... Mours", en kiosques !

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Publié le 18 Juillet 2018
Auteur : Marion Rousset | Photo : © B. EPELLY/AP/SIPA
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