causette Monsieur Publié le 03 Juillet 2018 par Héloïse Rambert

Séjour à la maternité : Papa non grata

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De plus en plus de jeunes pères souhaitent rester dormir à la maternité après la naissance de leur enfant. Si les choses évoluent, l’accueil des conjoints la nuit est encore loin d’être la norme. Dommage pour l’égalité des sexes, qui gagnerait, au moins symboliquement, à asseoir dès les premières heures les hommes dans leur nouveau rôle de papa.

De la naissance de son premier enfant, Julien, 37 ans, garde un souvenir ému. Mais l’accueil un peu frisquet qu’il a reçu à la maternité aussi l’a marqué. Dans sa tête, tout était prévu. « Pour moi, c’était clair : j’allais rester avec ma compagne et mon bébé. Je n’envisageais même pas de rentrer. Je voulais qu’on partage la découverte, les petits gestes. Qu’on vive nos premiers moments de parents ensemble. À fond. » Mais au moment de prendre ses quartiers dans le service de la maternité, la première nuit après l’arrivée de son enfant, il se sent « comme un cheveu sur la soupe ». « J’ai regardé autour de moi dans la chambre : il n’y avait rien. Pas de lit, pas de fauteuil. Quand j’ai demandé à la puéricultrice où je pouvais m’installer, elle m’a répondu que ma compagne avait besoin de repos et que je n’allais pas dormir là. C’était sans appel. J’ai obtempéré et je suis rentré chez moi à 2 heures du matin, un peu couillon. »

Les trois jours suivants, Julien passe toutes ses journées auprès de sa famille, mais, le soir venu, reprend la route de la maison. Pas franchement de gaieté de coeur. « Quand je rentrais chez moi, je ne savais pas quoi faire. Je ne voulais pas y être. Ma compagne et ma fille n’étaient pas là, je ne voyais pas l’intérêt. »

“Zone grise”

Florent, 35 ans, est aussi tombé de haut. « Je pensais qu’il y avait systématiquement possibilité pour le père de dormir à la maternité. C’est une fois sur place que j’ai découvert que ça n’était pas du tout la norme. » Les premières négociations avec le personnel du service en auraient découragé plus d’un. « Je me suis entendu dire qu’il valait mieux pour moi que je rentre pour ne pas subir les pleurs. » Mais sa femme est « vraiment fatiguée psychologiquement » et Florent insiste pour pouvoir rester à ses côtés. Finalement, on lui dégote un lit de camp, contre une petite contribution financière. Il devient alors l’attraction du service. « J’étais le seul papa à dormir à la maternité. Beaucoup de membres du personnel ne savaient même pas que c’était possible et venaient me poser des questions. J’ai vraiment eu l’impression d’être un original. »

... La suite dans Causette #91.

Publié le 03 Juillet 2018
Auteur : Héloïse Rambert | Photo : © DEBROCKE/CLASSIC STOCK/GETTY IMAGES
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