Reportages Publié le 02 Juillet 2018 par Clara Wright

À Cuba, les rockeurs n'ont plus la banane

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Sur l’île caribéenne, musicien·es et fans de rock ont longtemps été marginalisé·es, soupçonné·es par le pouvoir castriste d’être de potentiel·les contre-révolutionnaires. Aujourd’hui, le genre musical est intégré au système culturel. Mais dans ce cadre institutionnel dé ni par l’État, la quête d’une identité propre, différente de la norme, reste un enjeu de taille.

Comme chaque week-end, une cinquantaine d’oiseaux de nuit occupent un tronçon de la Calle G, l’une des principales avenues de La Havane. Coiffés de cheveux longs jusqu’aux fesses ou dressés en crête, ces jeunes se rassemblent ici pour écouter du rock, rencontrer d’autres passionné·es et boire jusqu’à l’aube. Des amateurs et amatrices de rock lourd, de punk ou de metal qu’on appelle les frikis – de l’anglais freak (« bête curieuse »).

Dans un autre pays, ce tableau nocturne paraîtrait anodin. Mais la manière dont on se coiffe ou s’habille est une affaire de liberté à Cuba. C’en est même devenu un phénomène analysé par les sociologues, qui classent en tribus urbaines les occupant·es de cette Avenida de los Presidentes (avenue des Présidents), plus souvent nommée « Calle G », selon l’ordre alphabétique des rues. Car, depuis les années 2000, les rockeurs et les rockeuses ont été rejoint·es par les reparteros, fans de reggaeton sur une île traditionnellement connue pour sa salsa et son école de musique classique, et par les mikis, adeptes d’électro et d’habits de marque dans un pays communiste. Les rockeurs et rockeuses, eux·elles, se classent en sous-tribus, allant de la pop-rock au friki. Ils·elles poussent encore plus loin la différenciation, car ils·elles assument publique- ment leur affiliation à un mouvement musical censuré jusqu’en 1966, puis largement marginalisé jusque dans les années 1990 et, encore aujourd’hui, regardé de travers par la société cubaine.

« We only want to be ourselves! We scream ! We shout ! We are the Fallen Angels ! » [« Nous voulons seulement être nous- mêmes ! Nous crions ! Nous hurlons ! Nous sommes les Anges déchus !] entonne Manson, un Cubain de 19 ans, quatre piercings aux lèvres, deux à la narine, des écarteurs aux lobes d’oreille et un marcel qui dévoile ses côtes maigres et tatouées. « Les gars, écoutez, ça nous décrit, cette chanson ! » se réjouit-il. « Je suis ici, car je ne suis pas une personne normale et je ne veux pas l’être. Les gens regardent mal les rockeurs, mais c’est l’art que j’ai choisi pour montrer qui je suis », explique-t-il, entre deux gorgées de 666, un mélange d’alcool à 90 degrés, de café et d’eau.

... La suite dans Causette #91.

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Clara Wright | Photo : Lisette Poole pour Causette
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