Douce France Publié le 02 Juillet 2018 par Aurélia Blanc

MES VACANCES AU BLED Témoignages

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Chaque année, ils sont des millions à profiter des vacances d’été pour aller « au pays ». Celui qui les a vus naître, qui a vu partir leurs parents ou même leurs grands-parents... Vrai kif ou grosse galère, ce retour aux sources ne laisse jamais indifférent. Du Portugal au Pérou, en passant par l’Algérie, plongée intime dans ces vacances pas tout à fait comme les autres.

Il est de ces histoires qui naissent dans l’intimité des familles, mais finissent par laisser leur empreinte dans la mémoire col- lective. Celle de Rachid Sguini, 30 ans, alias Rakidd (voir « La Pépite » dans Causette #75), en fait partie. Fils d’immigrés marocains, ce tout juste trentenaire a, comme beaucoup de jeunes de sa génération, passé tous ses étés « au pays », celui de ses parents. Un voyage qui, chaque année, donnait lieu au même rituel. « La veille du départ, mon père tendait de grosses bâches sur la voiture et commençait à mettre les bagages. Ça faisait une sorte de grosse boule sur le toit. En attendant, ma mère préparait des plats qu’on allait manger sur la route, comme les douez, une sorte de tajine marocain très populaire », se souvient cet auteur-illustrateur, qui a publié, cet hiver, Gribouillages (éd. Faces cachées), un récit autobiographique dans lequel il revient sur ces épiques départs estivaux. Voitures bondées, valises remplies de cadeaux, traversée de la Méditerranée : le cliché appartient désormais à la culture populaire, inspirant chansons (Tonton du bled, du groupe 113) et films (Né quelque part, de Mohamed Hamidi). Mais ce que l’histoire ne dit pas, c’est que le retour au pays, c’est d’abord un trajet interminable, à vous couper à jamais l’envie de partir en vacances. « Une torture », résume Rachid Sguini. Deux jours et demi de route, du Puy-en-Velay (Auvergne) jusqu’au sud de l’Espagne, d’où l’on embarque pour Tanger. « On était trois ou quatre, derrière, dans une Nevada sans clim, par 40 °C, avec des couvertures et des valises à nos pieds », se souvient-il, lui qui était, alors, « une machine à vomi ». Son pire cauchemar ? La traversée de l’Espagne. « Plus on descendait dans le Sud, plus c’était délabré. Jusqu’à mes 11 ou 12 ans, je croyais vraiment que c’était un pays composé de désert et d’autoroutes. J’avais vraiment de la peine pour les gens qui habitaient là. Je me disais : “Les pauvres, ça doit pas être facile”. » Des années après, pourtant, il lui arrive encore de refaire ce trajet en voiture. Rien ne l’y oblige, désormais. Mais l’enfer d’hier a laissé place à une douce nostalgie.

... La suite dans Causette #91.

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Aurélia Blanc
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