Dr Kpote Publié le 02 Juillet 2018 par Dr Kpote

Au cul, au cul, aucune égalité

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Militant de la lutte contre le sida, le Dr Kpote intervient depuis une quinzaine d’années dans les lycées et centres d’apprentissage d’Île-de-France, comme « animateur de prévention ». Il rencontre des dizaines de jeunes avec lesquels il échange sur la sexualité et les conduites addictives. Plongeon en adolescence sur les rivages de la puberté, en période de forte inondation hormonale...

Les slogans de manifs ont parfois du mal à dépasser le stade anal et le haut de la ceinture. Malheureusement, le sexisme s’y invite aussi. À ce sujet, j’ai questionné une bande de Riot Grrrl, engagées et « déter » comme on dit dans le cortège de tête, fortes d’une bonne expérience des occup’ de facs et des gardes à vue, afin de faire le point sur la place du féminisme dans les luttes. Un soir, porte des Lilas, à Paris, elles sont cinq étudiantes à avoir répondu à ma requête, Rosa, 20 ans, en études théâtrales, Olympe, 20 ans, en lettres modernes, Louise, 21 ans, Marie, 20 ans, et Angela, 21 ans, toutes trois en médiation culturelle.

Comme je leur proposais d’aborder le sexisme en milieu militant, souvent bien planqué sous le vernis de l’engagement, Louise, en blouson Harrington et Doc Martens, qui a fréquenté le milieu libertaire antifa, lance le premier pavé à la terrasse du café où nous sommes installé·es : « C’est pas facile d’être une gonzesse dans le cortège de tête. Les mecs te protègent contre ton gré parce qu’ils estiment que tu risques plus ta vie qu’eux. Les groupes affinitaires, c’est le rendez-vous des gros bras très mascus. Il y a peu de nanas et les minorités de genre ne sont quasiment pas représentées. » Louise dit être entrée dans le collectif en tant que « meuf de » et qu’elle est restée la « meuf de » jusqu’au bout de son aventure. Elle se souvient qu’un mec accusé de viol n’avait pas été exclu par le collectif, celui- ci arguant que « le groupe n’avait pas à se suppléer à la justice et aux keufs ». La solidarité de couilles prendrait donc le pas sur l’égalité des droits chez certains antifas. Olympe souffle : « Ces vieux schémas sexistes perdurent, car les anciens forment les jeunes qui veulent en découdre. On reste entre mecs cis 3 qui privilégient l’action musclée et font les candides quand tu pointes leur sexisme. »

... La suite dans Causette #91.

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Dr Kpote | Photo : © D. MEYER/HANS LUCAS
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