Cul et chemises Publié le 02 Juillet 2018 par Pauline Verduzier, Anna Cuxac

Comment je suis devenue une reine du sexe Plaisir d'offrir, joie de recevoir

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Quand il s’agit d’améliorer leur sexualité, certain·es pensent Kama-sutra, lingerie coquine ou (ré)éducation du périnée. D’autres s’orientent vers la pornographie, les sextoys ou les sites de rencontre pour varier leurs plaisirs. Mais peu s’intéressent à ce qui constitue le point G de toute relation sexuelle enrichissante, la clé de l’orgasme et le grand secret qui fera de vous une reine du sexe : le féminisme. Parce que notre principal organe sexuel, c’est le cerveau et que prendre son pied, finalement, c’est de la politique. À l’aventure !

Le féminisme va-t-il sauver le sexe ?

Frustrées, les féministes ? Mal baisées ? Mouaahahhahaa. La blague ! Le cliché a la vie dure. Pourtant, quoi de plus libérateur que de penser la sexualité hors des normes de genre ? Des femmes racontent comment les revendications d’égalité et leur appropriation de cette pensée leur ont permis d’accéder au plaisir.

Pendant l'amour, il arrive que des hommes éjaculent rapidement et disent : « Désolé. » Ils sont désolés, car le discours normatif en matière de sexualité masculine voudrait qu’ils « tiennent » le plus longtemps pos- sible et parce que, selon ce même discours, leur éjaculation signe la fin du rapport sexuel. Léonore, 23 ans, a compris ce que ce schéma avait d’absurde quand, pour la première fois, elle a joui « en une minute » avec un garçon. Elle aussi a dit « désolée », même si elle ne l’était pas vraiment. Puis elle a proposé de faire une pause avant de repartir, parce qu’elle en avait envie. Elle s’est dit qu’elle venait de « passer une étape dans [sa] sexualité ». La jeune femme est convaincue que la découverte des idées féministes l’a aidée à remettre en question la narration hétérosexuelle traditionnelle et à prendre davantage de plaisir.

« Plus jeune, je ne me posais pas la question de ce que je voulais sexuellement, je trouvais même un peu scandaleux qu’une fille couche avec plein de mecs. Mais, c'est en parlant avec des féministes et en le devenant moi-même que j'ai compris qu'on peut avoir la sexualité que l'on veut. » C'est aussi ce qui l'a poussée à se masturber après s’être séparée de son premier copain et à prendre conscience que ce n’était pas « sale ». « J’ai découvert qu’en me connaissant mieux, le sexe était effectivement meilleur. Désormais, j’arrive à guider mon partenaire. Le féminisme a aussi été bénéfique dans mon rapport à la séduction. Je suis moins secrète, plus directe. Il y a plus de discussion », partage-t-elle. Léonore n’avait pas d’orgasmes au début de sa vie sexuelle, elle jouit désormais, seule ou à deux.

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Féministes frustrées, histoire d'un cliché

Sylvie Chaperon, historienne spécialiste de l’histoire des femmes et du genre, de la sexualité et de la sexologie, revient sur l’accusation faite aux féministes de menacer la sexualité.

CAUSETTE : Le préjugé selon lequel le féminisme serait incompatible avec le sexe est-il ancien ?

SYLVIE CHAPERON : Oui, cela date au moins de la première vague féministe (1860-1945), avec l’idée largement répandue que le féminisme contrevient à la séduction, à la féminité, à la grâce, et que les féministes sont aigries, frustrées, laides, voire inver- ties [autrement dit, lesbiennes, ndlr]. Dans le discours médical, un concept répandu défend que l’hétérosexualité et l’attirance sexuelle sont fonction de la dif- férence des sexes. Or, comme les féministes réclament l’égalité avec les hommes, elles sont considérées comme une menace à cette atti- rance entre les sexes puisqu’elles chercheraient à « masculiniser » les femmes. La presse se livre à des caricatures dès la première émergence d’un féminisme col- lectif, qui date des années 1830. Au cours du XIXe siècle, on trouve des caricatures de femmes hom- masses comme George Sand. Le terme « bas-bleu » stigmatise les femmes savantes et les femmes de lettres, qui sont vues comme concurrençant les hommes. Dès cette époque, les femmes éman- cipées ou libres sont assimilées à des femmes de mauvaise vie ou à des prostituées.

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"D'autres formes de plaisir" pour les hommes

Félix Dusseau est sociologue spécialiste des questions d’amour et de sexualité, diplômé de l’université de Bordeaux et futur doctorant.

CAUSETTE : Après #MeToo, un mouvement de fond est en marche pour repenser les rapports femmes-hommes, notamment sexuels. Comment cela se traduit-il chez les hommes ?

FÉLIX DUSSEAU : De même que la féminité, la masculinité est une construction sociale. Avec #MeToo et même avant, depuis que le féminisme influe sur notre société et que l’on admet le désir féminin, certains hommes se posent des questions sur leurs rapports avec les femmes et changent leurs pratiques relationnelles et sexuelles en faisant plus attention à l’autre. Chez d’autres, cela crée un questionnement angoissé sur comment se comporter et une sincère perte de repères. Imaginez que vous jouez à un jeu de société et que, d’un coup, les règles changent : c’est le même effet. Et cela peut aller jusqu’à la radicalisation de certains, comme la com- munauté des « incel », ces « célibataires involontaires » et masculinistes. On est dans l’ordre de la crispation sexuelle iden- titaire, telle qu’observée par le philosophe Michel Foucault.

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+ Une page de témoignages !

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Pauline Verduzier, Anna Cuxac | Photo : illustration : Marie Morelle pour Causette
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