Enquete Publié le 02 Juillet 2018 par Aurélia Blanc

Requiem pour les ''indés'' Festivals de musique

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Jamais ils n’ont rassemblé autant de monde. Jamais, non plus, ils n’ont suscité de telles convoitises. Enfants du rock et des cultures alternatives, les festivals de « musiques actuelles » tombent les uns après les autres dans l’escarcelle des multinationales. Une bataille de géants, dont les indépendants font les frais. Et, avec eux, une certaine idée du spectacle vivant.

On n’y va plus, on y court ! L’an dernier, en France, 6,8 millions de spectateurs ont franchi les portes des festivals de musique (soit un Français sur dix), dont la moitié dans l’univers des « musiques actuelles ». Un record. Des festivaliers toujours plus nombreux, qui se laissent griser par la musique, la fête, les rencontres... sans imaginer un instant qu’en coulisses la guerre fait rage. Le monde des festivals, s’il fut longtemps le symbole d’une certaine liberté, constitue désormais le nouveau terrain de bataille des multinationales.

Au cœur de la mêlée ? Deux géants américains, Live Nation et AEG Presents. Le premier, bébé de Clear Channel (une firme américaine spécialisée dans l’audio- visuel), est un poids lourd de l’industrie musicale, avec 4 000 artistes sous contrat, 29 500 concerts annuels et 86 millions de spectateurs. Numéro 1 mondial du sec- teur, implanté dans quarante-trois villes à travers le monde, Live Nation a posé ses bagages en France en 2007. Dix ans plus tard, l’entreprise aux 10,3 milliards de dollars (8,8 milliards d’euros) de chiffre d’affaires a racheté Nous Productions (l’un des plus gros producteurs de spectacles de l’Hexagone) et le festival Main Square, à Arras (Pas-de-Calais). Elle est aussi entrée au capital du festival Marsatac, à Marseille (Bouches-du-Rhône), et en a lancé cinq autres – dont le Lollapalooza, à Paris, en 2017. Un rouleau compresseur que pas grand-chose ne semblait pouvoir arrêter. Du moins jusqu’à ce que son ennemi de toujours, AEG Presents, ne commence à empiéter sur ses plates-bandes.

Tous les coups sont permis

Présent sur trois continents, où il gère dix mille concerts et quarante festivals – dont le célèbre Coachella, en Californie –, AEG Presents avait déjà racheté 32 % de l’Accor- Hotels Arena (ce qu’on appelait jadis le Palais omnisports de Bercy), à Paris, il y a trois ans. En 2017, il a passé la seconde en acquérant la moitié des parts du festival Rock-en-Seine, à Saint-Cloud (Hauts-de- Seine) –, l’autre moitié appartenant à la holding du banquier d’affaires Matthieu Pigasse. Et, en janvier, AEG Presents a à son tour décidé d’ouvrir une antenne en France. La réplique ne s’est pas fait attendre. À peine quelques semaines plus tard, Live Nation annonçait la création du Paris Summer Jam, une soirée-festival organisée... le 24 août prochain, soit le même week-end que Rock-en-Seine ! Le hasard faisant merveilleusement bien les choses, le Paris Summer Jam a élu domicile à la U-Arena de Nanterre, qui se trouve à quelques kilomètres de Rock-en- Seine et peut accueillir le même nombre de personnes. À l’affiche, on retrouve le rappeur Kendrick Lamar, de l’écurie Live Nation... et qui, selon AEG Presents, devait initialement jouer à Rock-en-Seine.

... La suite dans Causette #91.

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Aurélia Blanc | Photo : Béatrice Menuel pour Causette
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