La copine de Causette Publié le 02 Juillet 2018 par Anna Cuxac

Marion Séclin : cyber sister

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Révélée par le site d’infotainment Madmoizelle et désormais figure du paysage médiatique français, la comédienne distille avec pédagogie et humour un féminisme grand public et libérateur sur YouTube. Quitte à s’en prendre plein la gueule.

La voix est posée et le ton assuré paraît modulé pour la rigueur du moment. « Quarante mille commentaires d’insultes et de menaces », expose-t-elle à une sénatrice Les Républicains qui n’en croit pas ses oreilles. Ce 13 juin, sous les ors de la République, dans la vaste salle du Sénat où sont reçues les personnes auditionnées dans le cadre du projet de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, la comédienne Marion Séclin doit témoigner du massif harcèlement en ligne qu’elle a subi après avoir posté une vidéo sur le harcèlement de rue sur YouTube en mai 2016. « C’est possible, ça ? Ce n’est pas modéré ? » s’enquiert Marie Mercier. Marion Séclin, 28 ans, tente de faire comprendre à la femme politique que, aux yeux des personnes œuvrant chez YouTube, ces saillies haineuses relèvent de la liberté d’expression. Et que ce harcèlement virtuel a débordé dans la vraie vie, la vie en dur. C’est dans la rue ou dans sa boîte aux lettres que la comédienne a continué à recevoir les uppercuts.

Désorientée, Marie Mercier cherche de l’aide dans les yeux de ses deux attachées parlementaires. « Je ne comprends pas bien qui est à la base de tout ça... » « Le système, répond Marion, approuvée par un léger sourire des jeunes femmes. Au-delà de mon cas particulier, on peut dire que les youtubeuses sont constamment scrutées en ligne L’intérêt pour le contenu de leurs vidéos est noyé par celui qu’on porte à leur apparence. » « Et c’est tout le monde, qui harcèle en ligne ? Les garçons des beaux quartiers aussi ? » interroge la sénatrice. « Au début, j’ai cru que les harceleurs étaient des frustrés pour qui la vie n’a pas été facile, observe Marion. Mais, c’est faux, cela touche toutes les classes sociales. Tout dépend de l’éducation que les garçons ont reçue. » La sénatrice s’exfiltre au bout d’une demi-heure d’entretien en lâchant : « Je suis frappée de stupeur. C’est consternant pour les combats qui ont été menés par nos mères. »

Cette rencontre entre une Marion Séclin bardée de tatouages et la parlementaire BCBG, en forme de choc des cultures, est signe d’une reconnaissance institution- nelle du combat contre le cyberharcè- lement mené par la jeune femme, comme l’a été sa conférence TEDx Women sur le même sujet, donnée en novembre. Elle qui confie pourtant « avoir tout sauf l’envie d’être Marion-la-meuf-qui-a-été-harcelée » déroge à son mantra pour la bonne cause, parce qu’elle sait que sa notoriété fait que sa voix porte plus fort que les milliers d’anonymes à qui cela pourrait arriver demain. Un peu plus de 100 000 fans sur Facebook, 231 000 abonné·es sur Instagram, et déjà 212 000 pour une chaîne YouTube ouverte en janvier : voilà ce que « pèse » Marion, une de ces artistes protéiformes de la génération dite de « slasheurs ». Comédienne, auteure, réalisatrice, humoriste, mannequin, chroniqueuse, puis présentatrice d’émission à la télévision.

... La suite dans Causette #91.

Publié le 02 Juillet 2018
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Manuel Braun pour Causette
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