La copine de Causette Publié le 30 Mars 2011 par Etienne CASSAGNE Liliane ROUDIERE

Audrey Pulvar Irrésolue à jamais !

blog post image

15 heures, Audrey Pulvar nous rejoint après une microsieste. Nous la revigorons avec un bon Comté arrosé de vin d’Anjou. Elle aime. Quelques rayons de soleil, nous nous installons dans le jardin. Enfin, nous l’avons quelques heures à nous, capturée. Le temps qu’il faut pour comprendre cette boulimique de travail qui s’engloutit dans le boulot comme d’autres sous la couette. Hyperactive pour le bien des autres ? Terrifiée par le face-à-face avec soi ? Fascinée par le pouvoir ? Elle dit vouloir « Aller plus loin, plus haut », voir ailleurs si elle y est… mais jusqu’où ?

 

C'est le sang de la Martinique, cette terre melting-pot violentée par l'histoire, qui bout dans ses veines, secoue ses flancs, une terre matriarcale « où les femmes se sont éreintées au boulot ». Tourment indissoluble, malgré des années d'infusion dans la métropole. « Je suis une femme noire créole caribéenne martiniquaise. » Ça fait beaucoup à rassembler pour devenir une et entière. Elle se sent toujours « un peu étrangère où qu'elle aille ». En exil. Pas facile d'imaginer un autre avenir que courir lorsque le présent ne s'apaise pas. « Mon histoire commence par ma grand-mère maternelle, qui a eu une vie extraordinaire. D'extraction basse, abandonnée, ballottée de foyer en foyer, ne sachant pas écrire, elle n'aura de cesse de s'en sortir. » Il n'y a pas de fatalité. « Mon grand-père me rappelait toujours au cours de nos balades : "Tu vois cet endroit, c'est là que j'ai demandé ta grand-mère en mariage. Elle m'a répondu : ‘Je ne t'épouse que si tu me garantis que mes enfants auront une meilleure vie que la mienne, notamment une éducation !'" » Il tient sa promesse. Ils ont sept enfants, qu'ils trimballent avec eux de la Martinique à la métropole, où ils s'entassent avec frères, sœurs et cousins à quinze dans un deux pièces de Saint-Denis, dans le 93. Lui est O.S. (ouvrier spécialisé) à Boulogne-Billancourt, elle femme de ménage dans les hôpitaux. Les enfants, élevés à la schlague - pas le choix et pas le temps de l'amour, même s'il est bien présent -, iront à Janson-de-Sailly (un lycée très huppé du XVIe arrondissement de Paris) et feront du piano - récompense suprême pour les parents. Bref, les enfants « réussissent » et la jolie famille s'en retourne en Martinique. On est en 1959. « Mon grand-père va acheter une petite ferme de bric et de broc, et ma grand-mère fera plein de trucs étonnants, comme ouvrir un pensionnat de jeunes filles à Fort-de-France. »

 

 

...La suite dans Causette #13...

Publié le 30 Mars 2011
Auteur : Etienne CASSAGNE Liliane ROUDIERE | Photo : Vincent Capman / Riva Press pour Causette
3586 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette