Les couleurs du féminisme Publié le 04 Juin 2018 par Delphine Saltel

Simone Veil, la fabrique d'une icône

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Le 1er juillet, Simone Veil entrera au Panthéon, un an après sa mort, en juin 2017. Elle y rejoindra les quatre femmes (pour 72 hommes…), qui y reposent déjà. Rescapée de la Shoah, ancienne ministre de la Santé ayant oeuvré pour la légalisation de l’avortement, première femme présidente du Parlement européen, elle incarne les combats de son siècle et les idéaux de la République. Comment Simone Jacob, née en 1927 à Nice, est-elle devenue un objet de la culture commune, une mythologie à la Barthes, une icône ? Petite tentative de sémiologie appliquée sous forme d’arrêts sur images.

Simone Jacob grandit dans une famille de la bourgeoisie juive, républicaine et laïque. André, le père, est un architecte ambitieux et reconnu, mais la crise de 1929 plonge la famille dans des années de vaches maigres. En 1943, la Gestapo débarque à Nice. Simone est arrêtée dans la rue le lendemain de ses épreuves de baccalauréat, en mars 1944. Elle est déportée à Auschwitz-Birkenau avec sa soeur aînée, Madeleine, et sa mère. Son père et son frère Jean sont envoyés en Lituanie puis assassinés. En mai 1945, Simone et Madeleine rentrent seules à Paris, leur mère est morte emportée par le typhus. « Je n’ai jamais pu me résigner à sa disparition. D’une certaine façon, je ne l’ai jamais acceptée, expliquera Simone Veil, soixante ans plus tard, dans son livre, Une vie. Chaque jour, Maman se tient près de moi. […] C’est elle qui m’a animée et m’a donné la volonté d’agir. »

Le retour en France est un trou noir. Impossible de raconter, d’être comprise : « Les rares fois où j’étais invitée quelque part, je me cachais derrière les rideaux pour ne parler à personne. » Simone se plonge alors dans une boulimie d’études, elle s’inscrit dès la rentrée 1945 en droit et entre à l’Institut d’études politiques, qui vient d’être créé. Elle se marie en 1946 avec Antoine Veil, un camarade de promotion. Travailler, aimer, essayer de tenir droit à nouveau : cette capacité à revivre après avoir été brisée est le premier ferment de l’autorité morale qu’incarnera Simone Veil. Son parcours raconte une jeunesse percutée par l’Histoire, renvoyant chacun à la question : qu’aurais-je fait, moi, à sa place ? Au fond, c’est la fonction d’une icône : une image qui pousse le regard au-delà de la fascination idolâtre, lui fait entrevoir un horizon, un possible, comme un appel à l’action. Décryptage en images d’une « icônisation » en marche.

Chapitres

1974
Sous Giscard, Simone Veil ne croise pas les bras

1974
Loi sur l'avortement : maîtriser son émotion

1977
Inauguration d'un hôpital à Quimper : la mémoire et la truelle

1986
Chez Dechavanne, Simon tombe le chignon

... La suite dans Causette #90.

Publié le 04 Juin 2018
Auteur : Delphine Saltel | Photo : © KEYSTONE FRANCE
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