cinema Publié le 14 Mai 2018 par Ariane Allard

Cannes : rude baptême du feu pour ''Les filles du soleil'' 14/05/18

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Il aura donc fallu attendre le milieu du Festival pour qu'une tempête agite soudainement la Croisette. Et l'on ne parle pas de la pluie fine, persistante, qui s'est invitée à Cannes ce dimanche... Mais du rude accueil, samedi soir et toute la journée du 13 mai, réservé au long-métrage d'Eva Husson : Les Filles du soleil. Première femme cinéaste, incidemment, à concourir pour la Palme d'or cette année : aucun lien de cause à effet, on l'espère ! Même s'il est maladroit, confus et globalement décevant, ce récit hautement romanesque sur un bataillon féminin au Kurdistan ne méritait certainement pas un tel déchaînement critique. Donc un tel baptême du feu, sans mauvais jeu de mots, puisque sa réalisatrice se retrouvait en sélection officielle pour la première fois de sa jeune carrière !

Tapis de femmes
Tout avait pourtant bien commencé. Profitant de cette projection estampillée « féministe » (pensez, un film de guerre avec des femmes et réalisé par une femme !), le Festival avait concocté un événement frappant, comme il en est friand : une montée des marches presque exclusivement féminine. Une bien belle image... et un peu plus que cela (heureusement). Sous la houlette d'Agnès Varda et de Cate Blanchett (présidente du jury cette année), 82 personnalités du cinéma – actrices, réalisatrices, productrices, scénaristes, distributrices – ont en effet foulé ensemble le célèbre tapis rouge. Histoire de rappeler que seuls 82 films réalisés par des femmes ont été sélectionnés en compétition officielle depuis la toute première édition du Festival de Cannes contre 1688  (!) réalisés par des hommes. Flashs, discours, applaudissements vibrants : l'un des temps forts, en gros, de cette 71e édition, dont on nous rabâche chaque jour qu'elle se préoccupe énormément de la place des femmes dans le cinéma (mouais, il était temps).

Surexposition
Le souci, c'est qu'en parallèle de cette soirée de gala, où le film fut évidemment bien accueilli, une autre projection, avec une tout autre ambiance, se jouait en parallèle dans le Palais des festivals : celle réservée à la presse. Là même où, très vite, un sentiment de malaise, d'agacement, puis de rejet s'est manifesté (en dépit d'une minorité favorable, plus discrète). Sifflets à la clé. Parce que Les Filles du soleil, qui s'inspire de faits réels (le combat des femmes kurdes, armes à l'appui, contre Daech) entretient un rapport lâche, souvent confus, donc un brin embarrassant à l'histoire. Parce que la piste de l'émotionnel est systématiquement privilégiée (validant, contre toute attente, nombre de clichés à l'égard des femmes !). Parce que ses flash-back sont laborieux, certains de ses dialogues pompeux et ses ficelles scénaristiques nombreuses. Ou parce que sa musique, envahissante, plombe son récit.

Pas tout à fait faux, hélas. Mais à trop vouloir se focaliser sur les erreurs et les naïvetés dudit opus, on en oublie aussi ses qualités. La première étant l'audace de s'attaquer à un tel sujet, à mille lieues des films d'auteur franco-français autocentrés si souvent décriés. Un sujet d'autant plus nécessaire qu'il est urgent. Eva Husson, cinéaste française formée aux États-Unis, ne manque donc ni d'ambition ni de détermination. La deuxième étant de manifester un sens du cadre et de l'image réel (fort belle séquence d'ouverture à la clé). La troisième, enfin, étant la remarquable composition de Golshifteh Farahani dans l'un des deux rôles principaux (celui de la commandante kurde). Il émane du regard de cette actrice franco-iranienne une tristesse insondable, autrement plus parlante, juste et profonde que bien des phrases définitives qui jalonnent ce film bancal.

« Palme du pire »
Certes, ces fulgurances ne suffisent pas à racheter l'ensemble. Mais elles permettent en tout cas de rééquilibrer la réception exagérément négative des Filles du soleil, qualifié carrément par certains de « Palme du pire » ou de « catastrophe ». Holà, on se calme ! On sait que Cannes prise volontiers ce genre d'exaspération épidermique, comme s'il lui fallait chaque année, tel un rituel cathartique (un rien snob), sacrifier un film pour mieux entretenir sa « légende » d'esthète. Mais l'on souhaiterait quand même rappeler que ça n'est que le deuxième long-métrage d'une réalisatrice âgée de 41 ans seulement. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de penser qu'il aurait été davantage à sa place à Un certain regard, section officielle alternative, plutôt qu'en compétition pour la Palme d'or. En clair, ces Filles du soleil ont été malencontreusement surexposées !

Sortie le 21 novembre.

 

Publié le 14 Mai 2018
Auteur : Ariane Allard
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