cinema Publié le 04 Mai 2018 par Ariane Allard

Festival de Cannes : à fond la forme 04/05/18

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Coucou, le revoilou ! Du 8 au 19 mai prochains, le Festival de Cannes fait la fête au cinéma d'auteur via quatre-vingt avant-premières, une foultitude de stars, un marché du film hyperactif... et une poignée de réalisatrices. Comme d'habitude, en somme ? Pas forcément ! Explications.

F comme films

Hasard ou bonne santé de la production cinématographique ? Le Festival de Cannes, 71e du nom, donne l'impression de péter la forme. Et les formes aussi, a priori. Moins d'incontournables « grands auteurs » dans ses sélections officielles (les quasi rentiers de la Croisette que sont Michael Haneke, Woody Allen, Pedro Almodovar ou les frères Dardenne ne viendront pas, c'est fou !) ; davantage de petits nouveaux, tout frais tout beaux : la cuvée 2018 se distingue par un renouvellement appréciable de son casting. Donc par de belles promesses à venir via quelque quatre-vingt films toutes sections confondues.

Bien sûr, Jean-Luc Godard (avec son nouvel opus, Le Livre d'image) n'est pas exactement un perdreau de l'année. Bien sûr, l'Iranien Asghar Farhadi, qui ouvre la compétition avec un thriller... espagnol (Todos lo saben), connaît bien le chemin du Palais (il est déjà venu deux fois en compétition, pour Le Passé et pour Le Client, glanant chaque fois un prix). Et bien sûr, Christophe Honoré (pour Plaire, aimer et courir vite), Stéphane Brizé (pour En guerre), Kore-Eda (pour Shoplifters), Spike Lee (pour BlacKkKlansman), Jafar Panahi (pour Three Faces), Jia Zhang-Ke (pour Les Éternels) ou Nuri Bilge Ceylan (pour Le Poirier sauvage) ont déjà brigué la Palme d'or, cela à plusieurs reprises. Le dernier l'a même remportée, en 2014, avec Winter Sleep.

Reste qu'une palanquée de néophytes (déjà fort prisés par les cinéphiles) tels David Robert Mitchell (pour Under the Silver Lake), Yann Gonzalez (pour Un couteau dans le cœur) ou Kirill Serebrennikov (pour Leto) vont - enfin - semer un peu de désordre juvénile dans cette majestueuse routine (on flirte avec les sommets du cinéma d'auteur, quoi qu'il en soit). Surtout qu'ils seront escortés par un total inconnu, l'Austro-égyptien A. B. Shawky : celui-là est parvenu à se glisser dans la compétition avec un premier long-métrage, Yomeddine. Yeah !

F comme femmes

La question était sur toutes les lèvres cette année : l'onde de choc du mouvement #MeToo a-t-elle réussi à se propager jusqu'aux rivages scintillants de l'insubmersible Croisette ? En clair, puisque tout est parti d'Hollywood et puisque Cannes s'autodésigne comme « le plus grand Festival de cinéma au monde », on espérait évidemment que cette 71e édition tende vers une plus grande parité dans sa programmation. Histoire d'émettre un signal fort, encourageant, légitime. Thierry Frémaux, son délégué général, l'a d'ailleurs reconnu lui-même lors de la conférence de presse du 12 avril : « Le monde n'est plus le même depuis le mois de septembre dernier. » En guise de geste emblématique, ce sémillant cinéphage et grand amateur de sports de combat... a donc choisi une femme pour présider le (prestigieux) jury de la Palme d'or : la très engagée Cate Blanchett. OK. Bien joué.

De là à ce que l'on retrouve davantage de femmes cinéastes dans la sélection officielle, houlà, il ne faudrait pas exagérer ! De fait, seules trois réalisatrices sont en lice pour la Palme d'or sur vingt et un postulants. Comme l'an dernier et comme en 2016 (avant « l'affaire Weinstein », donc). Belle constance dans la frilosité ! On souhaite bonne chance, en tout cas, à la Française Eva Husson (qui concourt avec Les Filles du soleil, son deuxième long-métrage après son sulfureux Bang Gang), la Libanaise Nadine Labaki (révélée en 2007 avec Caramel, son nouvel ouvrage s'appelle Capharnaüm) et l'Italienne Alice Rohrwacher (présente pour Lazzaro Felice, son deuxième film après le très original Les Merveilles, présenté à Cannes en 2014).

À noter, par ailleurs, un sursaut de bonne volonté dans la sélection Un certain regard. Tout aussi officielle mais plus marginale, car dédiée au « cinéma de demain » (tiens donc !), celle-ci accueille les films de six réalisatrices sur les dix-huit programmés. On frise la révolution ! On s'en réjouit, car c'est ici, souvent, que l'on déniche les vraies pépites du Festival... Puisque l'on est dans le registre des têtes chercheuses, accordons pour finir la « Palme de la parité » à la Semaine de la critique cette année. De fait, cette section parallèle, focalisée exclusivement sur les premiers et deuxièmes longs-métrages, se propose de nous faire découvrir quatre films signés par des femmes sur les sept que compte sa compétition. Carrément. Ravivant en quelque sorte le célèbre vers d'Aragon : « La femme est l'avenir de l'homme »... et du cinéma. Si, si.

F comme fame


Pas de Festival sans paillettes, ni coquettes, ni carpet. Formidable caisse de résonance des agitations du monde et de l'époque, via sa foultitude d'avant-premières et ses 4000 journalistes en provenance de 90 pays, le Festival aime surtout choyer ses stars puisqu'elles sont, de fait, ses meilleures ambassadrices. Pour preuve, le déploiement insensé de photographes, de caméras, de fans et de barrières de sécurité qui accompagne, au jour le jour, chaque montée des marches. Et chaque déplacement mœlleux de limousines aux vitres évidemment teintées. L'édition 2018 ne déroge pas à cette règle clinquante : le tapis rouge accueillera dès l'ouverture rien de moins que Penélope Cruz et Javier Bardem, couple à la scène et la ville qui électrise (en effet) Todos lo saben d'Asghar Farhadi. Suivront, dans le désordre, Vanessa Paradis (qui interprète une productrice de films pornos gays dans le nouvel opus de Yann Gonzalez), Léa Seydoux, Kristen Stewart ou... Robert Guédiguian (éminent·s membres du jury), mais encore Édouard Baer (factieux maître de cérémonie), Nicolas Cage, Vincent Cassel ou enfin Isabelle Adjani (dont c'est le grand retour à la Quinzaine des réalisateurs, dans une comédie jubilatoire signée Romain Gavras). Pour ne citer qu'elles et eux.

F comme fiesta


Fumante ou vibrante, c'est comme vous voulez. Le fait est que la Quinzaine des réalisateurs, sélection parallèle qui se distingue par sa liberté d'esprit, sera à la fête cette année. Et pour cause... D'une part, elle célèbre sa 50e édition : la Quinzaine est née en 1969, dans la foulée de Mai 68. Et d'autre part, elle accueille l'ultime sélection d'Édouard Waintrop, son délégué général depuis 2012 (un maître d'œuvre à la fois pointu et populaire, rare donc). Ce joyeux anniversaire sera jalonné, comme il se doit, de fiestas musicales tard le soir sur la plage, comme de fiestas cinéphiles dans la salle vibrionnante du Théâtre Croisette (ouvert aux spectateurs non accrédités, contrairement au Palais des festivals). Là même où seront projetés vingt longs-métrages (également une sélection de courts). Des Oiseaux de passage du couple colombien Ciro Guerra et Cristina Gallego (le cinéaste avait déjà présenté L'Étreinte du serpent en 2015 à la Quinzaine) à Leave no Trace de Debra Granik (réalisatrice quatre fois oscarisée pour Winter's Bone il y a sept ans), en passant par les retours, a priori excitants, de Gaspar Noé et Guillaume Nicloux : les chemins de traverse seront assurément de mise ici. A fond la forme et (toutes) les formes, youpi.

Publié le 04 Mai 2018
Auteur : Ariane Allard
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