Reportages Publié le 02 Avril 2018 par CÉCILE ALLEGRA

Naples, le cirque des enfants perdus

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Arracher les gamins à la loi de la rue, c’est le combat de Giovanni Savino avec son association d’éducation par le cirque, dans le quartier de Barra, à Naples. Depuis 2011, échasses, trapèze et nez rouges sont ses armes contre la violence et la déscolarisation. Sept ans après, garçons et filles se bousculent au portillon.

Il a été l’un des premiers à donner l’alerte. En février 2012, Giovanni Savino, un éducateur des rues aux faux airs de Che Guevara, monte avec « ses » gamins un grand défilé de carnaval au sud de Naples (Italie). Crachant du feu, arpentant sur des échasses les ruelles étroites du quartier de Barra, une poignée de jeunes clowns défilent, pour crier leur envie de vie et d’avenir à une foule de passants étonnamment silencieux. « Cessez de vous résigner ! » crie Giovanni, nez rouge sur le nez, lançant des baisers à la foule suspicieuse. « Arrachons ensemble les gamins à la pauvreté, à la loi de la rue, au travail précoce ! Ramenons nos mômes sur le chemin de l’école ! » À l’époque, le chef d’Il Tappeto di Iqbal, association d’éducation par le cirque, qu’il a créée un an plus tôt, suscite surtout la méfiance. Normal, son message est révolutionnaire. Le quartier de Barra, frappé de plein fouet par la grande crise économique, vit un triste record. Le taux de déscolarisation frise les 42 % entre le collège et le lycée. Un adolescent sur deux disparaît dans la nature, pour aider sa famille. Alors, aller faire le clown, franchement, quelle drôle d’idée… Six ans plus tard, Giovanni Savino est toujours là. Il a quitté la rue, travaille dans un gymnase de la ville avec quatre instructrices et six éducateurs, et son association accueille désormais jusqu’à 270 enfants. Mais ce qu’il annonçait en 2012 s’est malheureusement aggravé : le chômage augmente et les gamins de Naples désertent toujours autant l’école. Alors, Giovanni continue sa croisade : récupérer des élèves ingérables pour l’institution scolaire et leur faire passer le brevet coûte que coûte. « Ces jeunes viennent de familles très modestes, qui n’arrivent même pas à gagner 500 euros par mois, explique Giovanni. La moindre rentrée d’argent compte. Les parents ont l’impression que l’école ne sert plus à rien, certainement pas à garantir un avenir à leur enfant. » 

... La suite dans Causette #88.

Publié le 02 Avril 2018
Auteur : CÉCILE ALLEGRA | Photo : GIANNI CIPRIANO POUR CAUSETTE
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