Enquete Publié le 02 Avril 2018 par ANNA CUXAC ET VIRGINIE ROELS

ONG : Sauve qui peut

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À la suite de la déflagration Oxfam,les bailleurs qui financent les organisations humanitaires ont menacé de leur sucrer leurs aides si elles ne jouaient pas la transparence sur les cas de violences sexuelles dans leurs rangs, et ne réglaient pas le problème. En urgence, beaucoup ont mis en place des plans d’action : traçabilité des prédateurs, remontées des plaintes. Mais ces nouvelles mesures vont-elles suffire à éviter de nouveaux scandales ? Des humanitaires et de grands responsables d’ONG ont levé pour nous le voile sur leurs pratiques. Et sur leurs doutes.

Le 9 février, lorsque le scandale Oxfam éclate dans le journal britannique The Times, l’ONG française Action contre la faim (ACF) se retrouve, elle aussi, dans l’œil du cyclone. Roland van Hauwermeiren, l’ancien directeur d’Oxfam en Haïti, accusé d’avoir eu des rapports tarifés avec des prostituées dans le pays en 2010, a été l’un des leurs. Entre 2012 et 2014, juste après avoir quitté Oxfam, il a en effet rejoint Action contre la faim en tant que directeur pays au Bangladesh. Dans la tourmente, ACF réagit au quart de tour. Le 12 février, dans un communiqué, l’organisation affirme qu’elle n’avait « reçu aucune alerte ou information concernant un comportement inapproprié […] de Roland van Hauwermeiren ». Pour faire la lumière sur la conduite de ce dernier au Bangladesh, ACF a dépêché sur place, début mars, deux femmes :
« Notre auditrice interne et une experte PSEA [Protection contre l’ex-ploitation et les abus sexuels, ndlr] pour établir un rapport d’enquête », détaille à Causette Véronique Andrieux, sa directrice générale. Nerveuse, elle ajoute : « Le périmètre sur lequel elles vont travailler inclut l’ancien employé d’Oxfam, mais ne se limite pas à lui. On veut couvrir l’ensemble de la période et l’ensemble des collaborateurs. On se pose des questions. » La seule question à laquelle les deux expertes semblent avoir répondu, une fois revenues, c’est que « des dispositisfs de signalement étaient déjà en place à l’époque. Et qu’il n’y a pas de harcèlement ou de comportements contraires au code de conduite remontés durant la période », nous communique-t-on. En clair, l’ONG se couvre en montrant que ses services n’ont pas dysfonctionné, que d’éventuelles victimes savaient vers qui se tourner pour parler, et que personne ne l’a fait. Quant à van Hauwermeiren, silence radio. Comment cet homme, poussé à la démission par Oxfam, a-t-il pu passer d’une ONG à l’autre sans que personne ne s’en alarme ?

...La suite dans Causette #88.

Publié le 02 Avril 2018
Auteur : ANNA CUXAC ET VIRGINIE ROELS
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