Société Publié le 12 Mars 2018 par Clarence Edgard-Rosa, Anna Cuxac, Joséphine Lebard, Jeanne Dupleix

Chauffe, Marcelle !

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Quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre, grâce à la Une du Figaro Magazine du 23 février, que la drague était désormais interdite en France. Si si ! Au même titre que le tabac, l’alcool, le sucre et la vitesse. Première étape, le choc : comment a-t-on été foutu·es de passer à côté d’une série de lois liberticides dignes d’un mauvais scénar de sciencefiction – on dormait, ou quoi ? Deuxième étape, la tristesse : fini le petit verre de syrah à table, la pauseclope, les Magnum double chocolat, la bagnole qui fend la bise, fini le flirt sous peine d’être interpellé·e illico par les forces de l’ordre. Alors, utiliser le bon vieux prétexte du « t’as du feu » pour inviter quelqu’un à boire un verre, c’est case prison directe, c’est ça ? La vie vaut-elle encore d’être vécue ?! Troisième étape : ah, mais nooonnn !, ils ont (encore) confondu drague et harcèlement.

Allez, répétez après moi : draguer n’est pas harceler. Harceler n’est pas draguer. Prenons un exemple : tenir la porte à une femme, est-ce du harcèlement ? Non – sauf si vous tenez la porte avec votre pénis. Et raccompagner une femme chez elle, est-ce interdit ? Non – sauf, bien sûr, s’il s’agit d’une filature. Proposer à une femme d’aller boire un verre, est-ce illégal ? Non – à condition que ce ne soit pas la trentième fois que vous le lui demandez (ça suffit maintenant Jean-Louis, j’ai dit non). Une dernière : prendre l’ascenseur avec une femme peut-il vous conduire en prison ? Non – à condition que vous parveniez à ne pas l’agresser.

Fatiguées de toutes ces confusions, nous, on se prend à rêver à un monde dans lequel, premièrement, le Figaro Magazine ferait des Unes moins bêtes ; deuxièmement, on n’aurait plus besoin de répéter douze fois par jour ce que vous venez de lire ; troisièmement, les femmes se sentiraient libres de prendre en main leur désir et de courtiser en toute tranquillité – sans harceler bien entendu, mais surtout sans peur du jugement et même, j’ose, sans peur du râteau. Peut-être que ce sont les dragueuses qui, en décloisonnant les rôles traditionnels (il séduit/elle se laisse séduire), transformeront le badinage en un art noble, joyeux et moderne. Moins de « dis camion », plus de séduction.


Pour en finir avec l’amour courtois

La drague des femmes ? Une pratique longtemps cantonnée à l’attente passive de l’action masculine. Un non-choix séculaire qui, malgré la fulgurante progression post-soixante-huitarde, pèse encore aujourd’hui dans les rapports femmes-hommes.

Apparemment, ils n’attendent que ça. Dans un sondage Ipsos interactive commandé par nos confrères de GQ, 79 % des hommes affirment vouloir « que les femmes soient plus séductrices ». Le résultat atteint même « 84 % chez les 51-65 ans », se félicite le magazine masculin dans son dossier de février consacré au sexe de l’après-Weinstein. À l’abordage, moussaillonnes ? Larguez les amarres de la timidité, voguez vers cette délicieuse terre inconnue et mystérieuse nommée Drague ? À en croire vos témoignages (page 39), vous êtes déjà un certain nombre à le faire. Quant à celles qui n’osent pas, ma foi, c’est peut-être parce que notre société les a assommées depuis leur naissance à grands coups de différenciation genrée en matière de séduction.

Prenez cet article publié en 2008 sur Aufeminin.com qui tombe dans les tout premiers résultats de Google quand on lui soumet la requête « draguer un homme ». La première « méthode » conseillée est tout sauf une tactique de drague, faisant passer une limace de mer pour bien plus entreprenante qu’une femme cherchant à conquérir un partenaire : « Adoptez la Lady attitude et respectez la tradition. En gros : ne bougez pas. Si un homme vous plaît et si vous souhaitez faire plus ample connaissance, laissez-le venir à vous. La plupart d’entre eux n’apprécient pas que les femmes inversent les rôles. » Notez que cette technique a d’autant plus de chances de réussir si elle est accompagnée d’incantations à Aphrodite, voire d’un pèlerinage à Lourdes. Et tout le malaise autour de la drague des femmes réside dans cette simple injonction : « Respectez la tradition. »

... La suite dans Causette #87.


On ne badine pas chez les Teutons

Si en France, la drague reste l’apanage des garçons, ce n’est pas toujours le cas dans d’autres pays. Ainsi, outre-Rhin, les hommes ne draguent pas. C’est d’autant moins naturel pour eux qu’ils craignent de passer pour des mufles.

Installée devant un Russischer Tee dans un café cosy du quartier de Kreuzberg, Hélène Kohl, auteure d’Une vie de pintade à Berlin, rassemble ses souvenirs : « Cela fait quinze ans que j’habite cette ville. Durant cette période, j’ai été draguée une fois à mon cours de tango. Et la fois où, durant une soirée entre amis, un garçon a collé sa jambe contre la mienne, je n’en revenais tout simplement pas ! »

Bienvenue à Berlin, la « capitale des célibataires ». En 2014, 53,9 % des foyers berlinois étaient composés d’une seule personne. Or, dans cette ville, la carte du Tendre emprunte des chemins qui peuvent paraître bien tortueux aux voisin·es français·es. « Les hommes ne draguent pas ou ont beaucoup de mal à le faire », résume Hélène Kohl. Preuve que, effectivement, la chose n’est pas très naturelle outre-Rhin, le médiatique coach Horst Wenzel a créé la Flirt University, histoire de familiariser ses compatriotes avec le concept. D’où une certaine stupeur pour celles qui débarquent dans la capitale : « À Paris, le flirt est répandu, explique Marlene, née en Allemagne, mais élevée en France et revenue il y a quelques années dans son pays d’origine. Quand je me suis installée à Berlin, j’ai eu l’impression d’avoir perdu tout sex-appeal. »

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Fiction : Futuroflirt

Vingt ans après la déferlante #MeToo, grand chambardement dans les rapports entre femmes et hommes. Les filles draguent et le consentement de chacun est de rigueur. Retour vers le futur.

25 janvier 2038

Je ne sais plus exactement comment le sujet est arrivé. On mangeait la polenta du dimanche, toutes les deux. Je racontais ma rencontre avec Marcel. Ma mamie Émilie a commencé par ricaner : « Marcel, hin hin hin, c’est quand même drôle tous ces prénoms de vieux que vous vous fadez, mes pauvres enfants, vos parents ont bien craqué. » Puis sentant son hors sujet : « Pardon, mon petit chat, raconte-moi donc ton loustic. »

Elle parle comme ça Émilie, elle a 84 ans, née en 1954. « Il t’a accostée dans un bar ? Il t’a payé un verre ? Vous étiez ivres !? Tu as fermé les yeux et il a déposé un baiser sur ta bouche, puis il t’a plaquée sauvagement contre un mur et il t’a emballée comme un fou furieux et là, il a commencé à mettre la main dans ta culotte et… »

Moi, à ce moment-là, j’ai posé ma fourchette, outrée : « MAIS NON, mais Mamie, STOP, arrête !!! » Depuis qu’elle a Alzheimer, elle déraille un peu. Et je voyais bien les étincelles grossir dans ses yeux. Gênance.

Plus doucement, j’ai donc dit : « Bah non. C’est horrible ce que tu racontes là... » Puis : « Tu sais bien, Mamie, on fait plus comme ça depuis longtemps, maintenant. » Là, je vois que ça se reconnecte dans son cerveau. « Ah oui, c’est vrai, y a eu #MeToo, là. » Un silence. Je la vois perdue. « Mais comment font les garçons alors ? » « Déjà, ce ne sont plus les garçons qui font… Aujourd’hui, tout le monde drague ! »

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Booba, je te veux

A priori, tout les oppose. Il est un rappeur à succès, elle est une écrivaine de l’ombre. Il vit à Miami, elle habite Barbès. Il est macho, elle est féministe. « Vous avez la couleur de la victime, j’en ai le sexe », lui assène-t-elle. Et c’est sans doute pour ça que l’écrivaine Marie Debray a décidé d’écrire au « Duc de Boulogne », à travers un livre au titre univoque : Ma chatte. Lettre à Booba (2016).

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Publié le 12 Mars 2018
Auteur : Clarence Edgard-Rosa, Anna Cuxac, Joséphine Lebard, Jeanne Dupleix | Photo : illustration : Camille Besse
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