Dr Kpote Publié le 06 Février 2018 par Dr Kpote

Métro, pédos, dodo !

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Militant de la lutte contre le sida, le Dr Kpote intervient depuis une quinzaine d’années dans les lycées et centres d’apprentissage d’Île-de-France, comme “animateur de prévention”. Il rencontre des dizaines de jeunes avec lesquels il échange sur la sexualité et les conduites addictives. Plongeon en adolescence sur les rivages de la puberté, en période de forte inondation hormonale…

Les lycéennes confrontées aux mains baladeuses dans les transports sont légion. N’en déplaise aux cent femmes publiques qui ont défendu “une liberté d’importuner”, elles le vivent difficilement au point d’avoir du mal à en parler, même à leurs proches. Dans le film égyptien de Mohamed Diab, Les Femmes du bus 678 , Fayza, qui ne supporte plus de subir l’humiliation des frotteurs de bus, décide de se faire justice à grands coups d’aiguilles dans les parties. Même si mon rôle d’éducateur exclut toute velléité de promotion de la loi du talion, je ne rechigne pas à penser que ces mecs ont bien mérité d’être piqués au vit.

Durant mes animations, je diffuse souvent aux élèves l’extrait où l’une des héroïnes est talonnée, dans un bus donc, par un sale type au regard lubrique qui, après lui avoir mis une main au cul, se débraguette pour se frotter à elle. Par identification, le rictus d’effroi de l’actrice fuyant son agresseur invite aux témoignages. Au-delà de l’effet catharsis, l’intérêt de l’exercice réside dans le partage d’un vécu trop souvent tu par les concernées afin de sensibiliser les autres à un phénomène dont ils ne mesurent pas l’étendue.

Début janvier, j’étais dans un lycée du nord parisien sur la fameuse ligne 13, celle où on tangue collé-serré dans des rames bondées, donc face à un public plutôt au parfum. Après avoir montré la même séquence du film, j’ai lancé un provocateur « Ce n’est pas en France que vous risquez de vous faire harceler… », histoire de chauffer l’assemblée. Les filles sont tout de suite montées en régime et ont raconté, à tour de rôle, des vécus douloureux dans des transports tout sauf amoureux. L’une d’elle, des trémolos dans la voix, nous a rapporté que sa mère lui avait conseillé d’attraper l’éventuelle main baladeuse et de la tendre au-dessus des têtes, en affichant le harceleur. Récemment, elle avait donc empoigné la main moite d’un type qui, fort de sa quarantaine bien tassée, aurait pu être son père. Il s’est fendu d’un « Mademoiselle, lâchez-moi, vous vous méprenez, je cherchais juste à me tenir », avec un aplomb qui l’a sidérée. L’empathie ayant largement cédé du terrain à l’apathie, son voyage s’est poursuivi dans une grande solitude, lui conférant même un sentiment de culpabilité. Elle a quand même reconnu : « Je tremblais de partout, mais je suis fière d’avoir osé, alors que j’avais peur de me faire frapper. »

... La suite dans Causette #86.

Publié le 06 Février 2018
Auteur : Dr Kpote | Photo : © B. DEMENGE/HANS LUCAS
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