Corps et Ame Publié le 06 Février 2018 par Isabelle Motrot, Virginie Roels, Eric La Blanche, Anna Cuxac, Aurélia Blanc,Iris Deroeux

L’art loufoque de la teinture sur soi Coloration

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Alors oui bien sûr, depuis six mois, le cheveu blanc est redevenu « méga tendance ». Soit. Et c’est une excellente chose de ne céder à aucune pression sociale surtout quand elle a en ligne de mire une injonction au rajeunissement. On ne peut que sauter au plafond devant tant de désir de libération capillaire. Sauf qu’en attendant, nous sommes toujours un paquet à faire la guerre aux racines disgracieuses une fois par mois. 315 millions de colorations capillaires se vendent en France chaque année. Et 60 % des Européennes se teignent les cheveux. Les hommes ne sont pas en reste d’ailleurs. Surtout les footballeurs. Ni les ados qui la jouent en technicolor. Voici notre gros dossier du mois, où l’on traite du sujet sous toutes les couleurs. Il y sera question, dans le désordre : du blond de Trump, des recettes flippantes de nos ancêtres, de chimie, de marketing agressif pour faire flancher les « millennials », de la mort du punk. Et même de natation synchronisée (à vous de trouver).

CHAUX VIVE & VITRIOL
Les bonnes recettes de nos ancêtres

Nos cheveux en voient de toutes les couleurs, et depuis la nuit des temps. D’abord artisanale, à base de plantes et de minerais, la teinture devient au fil des siècles une mixture complexe et parfois dangereuse. Il faudra attendre le XXe siècle pour calmer le jeu et parvenir à un rituel plus simple et moins risqué.

« Dis donc, Maman, depuis quand tu te teins les cheveux ? – À peu près 50 000 ans, ma puce. (Bien avant mon premier cheveu blanc, donc.) » Moi, mes aïeux, aïeules et les vôtres, nous les êtres humains, nous avons commencé à nous teindre les cheveux quand nous nous sommes organisé·es en société. C’est ce qu’explique l’historienne Virginie Girod : « Pendant la préhistoire, les hommes et les femmes se parent, se maquillent, se colorent les cheveux et la peau avec les mêmes substances qu’ils utilisent pour peindre les grottes. » Du rouge grâce à l’hématite, un minerai broyé, de l’ocre tirée de l’argile, du noir de charbon de bois. A priori une coloration destinée à embellir et pas à cacher ses cheveux blancs (encore que… M. et Mme Cro-Magnon ne nous ont rien confié là-dessus). « La teinture des cheveux blancs est apparue dès que la société patriarcale s’est organisée  et que les femmes ont été soumises au devoir de plaire pour assurer la reproduction, précise Virginie Girod. Cacher les cheveux gris fait alors partie du processus qui commande de rester désirable le plus longtemps possible. » Pourtant, les hommes aussi craignent les marques de l’âge. En Orient, dès 4 000 ans avant l’ère chrétienne, comme les femmes, ils utilisent le henné, mélangé avec du sang de bœuf ou des têtards pilés pour obtenir de belles nuances rouge-orangé. Et pour cacher leurs cheveux blancs, ils s’enduisent le crâne de sang sorti de la corne d’un taureau noir. Cette préparation magique vous communique en plus la force du taureau ! C’est cadeau.

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CHIMIE
La teinture de Damoclès

Après le cancer de la vessie, une nouvelle étude évoque cette fois un lien entre le cancer du sein et l’utilisation de teintures pour les cheveux. Comment diable des produits potentiellement nocifs peuvent-ils se retrouver sur le marché, puis… sur nos têtes?

L’information a fait le tour du monde et elle a de quoi faire flipper les consommatrices qui, en Europe, sont 60 % à se teindre les cheveux. L’étude du professeur Kefah Mokbel, du Princess Grace Hospital de Londres (Grande-Bretagne), rendue publique en octobre 2017, constate une augmentation de 14 % du cancer du sein chez les femmes qui colorent leur chevelure. L’étude précise cependant que, pour confirmer ces résultats, il faudrait « davantage d’investigations ». Alors, oui ou non, prend-on le risque de développer un cancer en se teignant les cheveux ? Nous avons posé la question à André Picot, toxicochimiste, expert honoraire français auprès de l’Union européenne (UE) sur les produits chimiques en milieu de travail : « On a de fortes suspicions qui indiqueraient que des produits de teinture sont susceptibles d’entraîner des cancers du sein. Mais on n’a pas actuellement identifié les substances incriminées de façon formelle. »

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La couleur de l’argent

Jamais on ne s’interroge sur les teintures des hommes. Et pourtant, dans le secret de leur alcôve, ils commencent aussi à «sublimer» leur coiffure.

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Ma couleur, mon genre

« Il est temps d’oser les cheveux rouges pour un look glamour, sexy et résolument rock ! » recommandait Grazia, en 2016. « Il n’y a pas que les personnes aux looks gothiques qui peuvent porter des cheveux violets », rassurait Femme actuelle, en février 2017. « On peut tout à fait être ultra-féminine et avoir une coloration verte », insistait Get-the-look.fr, un mois plus tard. Il semble loin le temps où parer sa tignasse des couleurs de l’arc-en-ciel équivalait à une déclaration de guerre façon « société, tu m’auras pas ». Plus un prof pour tiquer sur les mèches grises d’une collégienne, plus une grand-mère pour s’émouvoir des reflets mauves dans les tresses de sa descendance… Et d’ailleurs, plus grand monde non plus pour revendiquer un fuck au système par la révolution capillaire !

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Les marques, de mèche avec les ados

#pinkhair, #bluehair, #purplehair… sur les réseaux sociaux, les chevelures flashy s’affichent par millions. Un mouvement qui, évidemment, ne pouvait que réveiller l’appétit de l’industrie de la beauté. Toujours en quête de nouveaux marchés, le géant mondial L’Oréal a ainsi lancé, en mars 2017, Colorista, sa toute nouvelle gamme de coloration « maison ». Au menu ? Du rose, du vert, du bleu, à appliquer pour une journée ou pour plusieurs semaines. De quoi répondre à « l’aspiration des consommatrices, particulièrement des “millennials”, qui veulent s’amuser avec leurs cheveux comme elles le font avec le maquillage », précise Nicolas Torikian, chez L’Oréal France. Ah, les fameux « millennials »…

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Sous la coupe de l’Amérique

Ce n’est pas très fair-play, j’en conviens, de se moquer des cheveux du président américain Donald Trump. Surtout quand il y a tant à dire sur la démolition en cours des États-Unis (taux d’imposition en chute libre pour les plus riches, fragilisation d’un système d’assurance-santé déjà faiblard, etc.). Mais le pouvoir de guérison inhérent à la vanne est tel qu’en guise de bouquet final à ce dossier, lâchons-nous. Sans déconner, Donald Trump, c’est quoi cette coupe ?

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Publié le 06 Février 2018
Auteur : Isabelle Motrot, Virginie Roels, Eric La Blanche, Anna Cuxac, Aurélia Blanc,Iris Deroeux | Photo : © Age Fotostock
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