Les couleurs du féminisme Publié le 06 Février 2018 par Clarence Edgard-Rosa, Iris Deroeux

La quatrième vague féministe ? Après-Weinstein

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Justice expéditive, révisionnisme, puritanisme… Les mots pour condamner les « excès» du mouvement mondial #metoo et sa déclinaison française #balancetonporc sont sévères. Tiens, tiens, serait-ce déjà l’heure du retour de bâton antiféministe ? Ce si prévisible coup de frein au motif qu’« on va trop loin »? Ah non ! C’est au contraire pile le moment de s’engueuler, de débattre et d’écouter, car on n’a pas fini de parler. Causette a décidé de vous causer art, danger de la censure, pop culture, frotteurs du métro et, surtout, féminisme du futur.

Après les tribunes, les contre-tribunes, les contre-contre-tribunes, les tribuns tout contre les tribunes et Catherine Deneuve contre le reste du monde (ou l’inverse), l’époque – qu’on qualifie déjà d’« après Weinstein » sans encore savoir ce que cela peut bien vouloir dire – donne mal au crâne. C’est une assourdissante cacophonie. Un bordel sans nom. Posons-nous deux secondes ou nous allons finir par ressembler pour de vrai aux harpies que nos ennemi·es aiment tant voir en nous. Ce serait dommage de leur faire ce plaisir… D’autant que cette cacophonie est cruciale. Bien plus cruciale encore que les tribunes elles-mêmes ! Après la vague de libération de la parole qui a emporté avec elle quelques salauds encombrants et un peu de notre sens de la mesure, nous y voilà : nous sommes en train de buter sur les écueils de la troisième vague du mouvement féministe. Un féminisme que nous avons voulu inclusif, ouvert et émancipateur, et qui nous pète aujourd’hui au visage. Comment, sinon, des femmes brillantes et sensées prendraient-elles la plume pour enfoncer le clou rouillé de la « liberté d’importuner » ? On a bien dû merder quelque part.

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J’ai mâle à mon art

Au nom de la lutte contre le sexisme et le harcèlement, des œuvres et des artistes se retrouvent mis au ban de la société, censurés sans ménagement. Que se passe-t-il exactement? Bel et bien une révolution. Avec ses coups de sang et ses excès. L’onde de choc Weinstein est en train d’accoucher de nouveaux regards sur le monde, donc sur l’art. Forcément, ça dérape, ça se dispute, ça fait du bruit. Et ces tâtonnements sont nécessaires. Le tableau est quelque peu brouillon. Ici, un acteur effacé d’un film déjà tourné car visé par des affaires d’agressions sexuelles : Kevin Spacey n’a plus droit de cité à Hollywood. Là, une rétrospective Polanski organisée à la Cinémathèque française et ouverte en présence du cinéaste déclenche des manifestations de militantes féministes choquées d’un tel hommage alors que l’homme est accusé par cinq femmes d’agressions sexuelles sur mineures. À la suite de quoi l’institution culturelle préfère reporter la rétrospective cette fois-ci consacrée au réalisateur Jean-Claude Brisseau, condamné à deux reprises pour harcèlement et agression sexuelles sur des actrices. Au Metropolitan Museum of Art de New York, Thérèse rêvant, tableau peint en 1938 par le Français Balthus, fait tout à coup l’objet d’une pétition exigeant son décrochage au motif que l’œuvre « romance la sexualisation de l’enfant ». Le musée s’y refuse. Encore plus récemment, quand l’opéra de Florence, en Italie, propose une version revisitée et « après-Weinstein » de Carmen dans laquelle l’héroïne dramatique est épargnée et son meurtrier sacrifié, on crie à l’hérésie.

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Là où y a de la gêne, y a AUSSI du plaisir

L’expression « plaisir coupable » semble spécialement conçue pour décrire ce que ressent une féministe qui se surprend à adorer le dernier volet de Fast and Furious. Elle a tellement honte qu’elle se cache sous un plaid et met le son au plus bas histoire que même sa voisine pour qui elle est la « féministe de service » ne la suspecte pas d’être tombée aussi bas. Pour sauver sa street credibility, elle taira à jamais ce visionnage enthousiaste et s’inventera, à la place, une soirée tout à fait respectable devant un documentaire sur la loi Neuwirth. Cette féministe, c’est moi. Enfin, remplacez Fast and Furious par Game of Thrones (douze scènes de viol par saison), Scarface (masculinité toxique et répliques borderline), Le Diable s’habille en Prada (grossophobie sur fond de compétitivité féminine malsaine) et n’importe quelle production Marvel (nénettes à moitié nues et demoiselles en détresse), et cette féministe planquée derrière les coussins de son canapé, c’est moi. Oh ça va, ne me regardez pas avec cet air condescendant, c’est pas parce que j’ai passé un bon moment devant autre chose que La Servante écarlate que je mérite d’être fouettée avec un coffret DVD de Roman Polanski !

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Publié le 06 Février 2018
Auteur : Clarence Edgard-Rosa, Iris Deroeux | Photo : © B. DEMENGE/HANS LUCAS
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