La cabine d'effeuillage Publié le 07 Janvier 2011 par Liliane ROUDIERE

Nicolas Bedos Dedans dehors

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« Révélation télé de l’année ». C’est l’histoire d’un homme encore jeune – 30 ans – qui pourrait avoir marché mille ans. Ça fait combien de kilomètres ? Beaucoup. Avec peu de lignes droites. Avant tout à la recherche d’un autre lui-même qui ne serait plus dans la culpabilité d’être bien né. Ensuite, le reste suivrait. Auteur de pièces de théâtre et de scénarios depuis dix ans, c’est en quelques semaines qu’il parvient à une soudaine – et violente ? – célébrité grâce à sa « Semaine mythomane » qu’il livre, ou plutôt assène avec facétie chaque vendredi soir, en direct, dans l’émission « La Semaine Critique » de Franz-Olivier Giesbert sur France 2. L’occasion de poser quelques valises plombées ?

 

Y’a un poids. Quelque chose de lourd et d’agité dans cet immense être frêle. Il est deux. Il est là, mais déjà ailleurs aussi. Il est assis, puis debout, allume une cigarette, ouvre les fenêtres pour aérer, prend des notes, a froid, referme les fenêtres, s’assoit, se relève, va dans la cuisine, reprend une cigarette, descend une canette de Coca et s’inquiète de notre confort. Cette ronde durera tout le temps de la très longue interview. Il parle beaucoup, semble se confier, mais c’est en creux qu’il faut l’écouter. Nicolas Bedos souffre de souffrir ou d’avoir souffert et fait souffrir. Depuis toujours. Les dés étaient pipés. Élevé à Neuilly par des parents (voir encadré) « de gauche et célèbres », il a du mal à assumer ce grand écart. « J’étais un gosse un peu schizophrène, avec accès à beaucoup de matérialisme, fringues, marques, mais élevé dans une ambiance qui favorisait l’introspection et le littéraire. Chaque soir, on dînait en famille et on parlait. Beaucoup, et de tout. On se psychanalysait. Si la petite enfance a été joyeuse, à partir de 11 ans, ça s’est compliqué. Pourtant j’étais gâté, y compris de cœur ! » Ce dernier mot est prononcé les yeux dans les yeux, l’index tendu en guise de « rendez-vous compte ! »

 

« Je faisais preuve d’une certaine précocité et j’en éprouvais une grande culpabilité. Pourquoi moi ? Est-ce que je mérite ? On peut être très bien élevé, choyé, aimé, écouté et on ne sait pas pourquoi on a des boules dans le ventre et on ne trouve pas le sommeil. » Il écrit très tôt. « Je voulais épater tout le monde, je voulais qu’on m’aime. J’écrivais des lettres, des poèmes à mes parents, aux amis, je trouvais ça très romantique. J’imitais assez bien le style XIXe. » Ach, le Romantisme, gross malheur ! Nicolas s’en entiche à mort. Et de tous ses corollaires, quête d’absolu et recherche impatiente de l’amour inconditionnel. Quant à parcourir La Carte du Tendre1 au XXe siècle et à Neuilly, c’est une autre histoire ! « Il y a une démoralisation des rapports sentimentaux, et j’ai été élevé dans un quartier, et à une époque où on faisait n’importe quoi : la came, l’alcool, on couchait trop tôt, vite et mal. Il n’y a plus de sacré. Je rencontre des jeunes filles de 20 ans qui me disent que l’amour, c’est pas pour elles, elles l’associent à la souffrance. Je pense que la propension à l’amour est innée, c’est comme un virus : on est ou non frappés. » Alors, nous dirons que le garçon est souvent grippé. Les femmes font partie intégrante de sa vie, sa mère, ses sœurs et… ses amours plurielles.

 

 

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Publié le 07 Janvier 2011
Auteur : Liliane ROUDIERE | Photo : Christophe MEIREIS
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