Carnet de route Publié le 08 Janvier 2018 par Camille & Nathalie de Rrride

Rrride épisode 2 | Dis-moi où tu roules (à vélo), je te dirai qui tu es ! 08/01/17

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Avec leur "Rride project", Nathalie et Camille parcourent l'Asie pour mettre en lumière les initiatives civiques, sociales et économiques autour du vélo. Après nous avoir écrit de Thaïlande, les voici au Cambodge !

« Non mais, le vélo, c’est quand même un truc de bobos ! » L’image est bien connue et n’aura pas manqué d’animer les repas de fêtes de nombreuses et nombreux cyclistes courageux·ses, qui ont souvent la bonne idée de cumuler les tares… Pensées solidaires à nos ami·es féministes et végétarien.nes à deux-roues ! Pour notre part, c’est au Cambodge et à plus de 7 000 kilomètres de ces empoignades que nous avons passé un réveillon quelque peu improvisé sous 30 degrés. Personne ici pour nous accuser de quoi que ce soit, même si rouler quotidiennement dans toutes les grandes villes que nous traversons – Bangkok, Chiang Maï (Thaïlande), Vientiane (Laos), Phnom Penh (Cambodge) – n’aura pas été de tout repos. Et nous n’avons pas (encore) vu Ho Chi Minh-Ville (Vietnam), connue pour ses motos et scooters, qui rendraient sa circulation complètement folle : on les compte en millions !

La capitale du Cambodge, notre base actuelle, représente déjà un très beau défi. Contrairement à la paisible capitale du Laos où les loueurs de vélos font le bonheur des touristes, il nous a été bien plus difficile ici de trouver les mon-tures de nos rêves, celles qui nous accompagneront pour les deux prochains mois. Très vite, nous comprenons que nous serons bien seules à parcourir la ville à deux-roues, tant du côté des locaux que des touristes. Il faut dire qu’il faut vraiment le vouloir ! Circuler à vélo demande, à première vue, bien plus d’efforts que de grimper dans l’un de ces tuk-tuk qui quadrillent la ville et, une fois dans le trafic, on comprend pourquoi les masques antipollution se ven-dent aussi bien : bonjour les maux de tête et yeux qui piquent, le tout dans un concert ininterrompu de klaxons. Malgré tout, quel plaisir de visiter de loin-tains quartiers rendus accessibles en deux coups de pédale, de découvrir un nouvel itinéraire en voulant s’extirper des embouteillages, d’aller où l’on veut, de suivre ses envies à la seule force de ses mollets. La structure de la ville est en plus idéale : plus petite que Bangkok, elle n’en a pas encore les auto-routes urbaines ni l’organisation compliquée des ruelles, ces soi qui limitent les trajets secondaires (lire notre première chronique).

Et pourtant. Depuis nos premiers tours de roue en Asie du Sud-Est, il y a maintenant trois mois, quelque chose nous frappe. Un simple ressenti qui se renforce au fil des lectures, rencontres et kilomètres parcourus. Le développement – ou plutôt le retour ! – du vélo se heurte à un obstacle coriace : son passé, son image, le marqueur social qu’il incarne. Le dernier des choix, quand on ne peut s’offrir mieux. Au Cambodge, il est à la fois moyen de transport et outil de travail, surtout celui des femmes. Sur leur vélo, elles ven-dent ainsi dans la rue toutes sortes de marchandises, des plats préparés, des fleurs, du petit artisanat… Tandis que la moto servira plutôt aux hommes pour transporter des meubles, de la ferraille, ou des gens – ce sont ces motos-taxis très répandus appelés moto dop.

Dans les villages les plus éloignés, un vélo peut sensiblement améliorer le quotidien des familles les plus pauvres. Les ONG l’ont bien compris, et beaucoup travaillent à l’acheminement de cet outil relativement bon marché, facile à entretenir et qui réduit fortement le temps de trajet jusqu’à l’école. C’est, par exemple, Lotus Outreach, une organisation australienne dont nous avons rencontré la responsable régionale à Phnom Penh : à destination des filles, leur programme Lotus Pedals repose sur un système de don de bicyclettes pour faciliter l’accès à l’école. Le vélo est alors à la fois un outil et un moyen pour les volontaires de nouer un dialogue avec les familles qui n’enverraient plus leurs filles à l’école, le plus souvent par manque d’information et de perspectives quant à leur avenir.

Et pour celles et ceux qui iraient poursuivre des études en ville ? « Les familles s’empressent de leur acheter un scooter, quitte à s’endetter », nous explique-t-on ! Passée l’école, rouler à vélo est avant tout signe de pauvreté. Sauf à s’échapper de la ville sur un luxueux VTT en week-end, un loisir qui plaît de plus de plus aux classes privilégiées. Logiquement, et c’est sans doute d’autant plus vrai dans un contexte d’ouverture rapide au capitalisme, le véhicule motorisé devient quant à lui symbole de la réussite individuelle. Il suffit pour s’en assurer de faire un tour du côté des quartiers les plus aisés de la capitale où chaque nouvelle boutique, restaurant ou supérette bio aménage son bout de trottoir en parking surveillé, rendant les balades à pied im-possibles et les promenades à vélo très déroutantes : à peine le pied par terre, on viendra vous « débarrasser » de votre bécane, à la manière d’un système de voiturier ! Bien loin de l’esprit de liberté, et de gratuité, qui nous plaît tant, à nous cyclistes.

Dans un « climat politique » composé « d’atteintes à la liberté d’expression et d’association » selon Amnesty international, les militant·es de la société civile se font discrets et il nous est ici difficile de mener à bien la mission que nous nous sommes fixée (découvrir et filmer des porteur·ses de projets œuvrant pour le développement du vélo et, à travers cela, la protection de la Planète, le changement des modes de consommation, le partage de l’espace public…) Mais nous ne désespérons pas et multiplions les rencontres avec d’irréductibles cyclistes ! Ici peut-être plus qu’ailleurs, leur parole détonne.

Pour consulter les vidéos du Rrride project, c'est par là !

Episode 1 pour Causette, à Bangkok.

Publié le 08 Janvier 2018
Auteur : Camille & Nathalie de Rrride
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