A votre santé ! Publié le 05 Janvier 2018 par Propos reueillis par Marie-Joëlle Gros

PMA, le parcours de la combattante 05/01/18

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En complément de notre dossier sur la PMA*, paru dans Causette #75 de janvier 2018, Virginie Rio témoigne ici du parcours qu’elle a dû suivre pour avoir un enfant. Elle voulait être mère jeune. Elle l’est devenue à 42 ans, grâce à un don d’ovocytes. Devant les difficultés qu'elle a rencontrées et pour faire évoluer l’assistance médicale à la procréation (AMP), elle a fondé le collectif Bamp!.

« Quand je pense au temps perdu, à toutes ces années qui sont passées entre la manifestation de mon désir d’enfant, vers 20 ans, et la naissance de mes jumeaux, en 2012, ça me donne le vertige. Si je l’avais eu jeune, comme j’en rêvais, il aurait aujourd’hui une bonne vingtaine d’années. En réalité, j’ai été mère à 42 ans.

Il a fallu des années pour identifier mon problème et trouver une solution adaptée. J’estime qu’il y a eu un défaut de prise en charge parce qu’on ne m’a fait un bilan de fertilité que vers 30 ans. Une gynéco s’est aperçue que ma réserve ovarienne n’était pas terrible et m’a conseillé de ne pas tarder. Mais à l’époque, je vivais avec un homme qui n’était pas décidé à être père, alors je l’ai quitté. J’avais 36 ans.

Quand j’ai rencontré Nicolas, je lui ai tout de suite parlé de mon désir d’enfant. Il avait le même. J’ai fait une fausse couche. Mon médecin m’a dit : “Vous avez été enceinte, vous le serez à nouveau, pensez à autre chose.” J’ai évoqué le test que m’avait fait la première gynéco, il l’a balayé. J’étais effondrée, je me voyais vieillir. Ensuite, j’ai consulté le service d’AMP du CHU de ma ville. On m’a dit : “Vous êtes jeune, il n’y a pas de problème.” On m’a proposé une FIV [fécondation in vitro, ndlr]. Mes ovaires n’ont pas bien répondu à la stimulation et on n’a pas pu faire de ponction. J’avais 39 ans.

Les médecins ont retenté une FIV et, alors que tous mes résultats d’examens étaient mauvais, on a tenté une ponction pour s’apercevoir qu’il n’y avait rien à prélever. Je naviguais entre désespoir et rage. J’ai commencé à me renseigner sur le don d’ovocytes. J’en ai parlé au médecin qui m’a clairement fait comprendre que ce serait une solution, mais que je n’étais pas éligible en France vu la pénurie de dons d’ovocytes, et que si je partais à l’étranger, je ne pourrais pas compter sur lui pour le suivi médical.

À 41 ans, je suis partie en République tchèque, quasiment sans préparation, ça n’a pas fonctionné. J’ai décidé de consulter à Paris. Une gynécologue m’a proposé une nouvelle FIV. Une autre a écouté mon histoire depuis le début, elle recueillait mes données, faisait des tableaux et m’a prescrit des examens, dont une mammographie et une hystéroscopie [examen de la cavité utérine, ndlr] qu’on ne m’avait jamais demandé de faire jusque-là. J’ai compris que j’avais enfin trouvé le médecin qu’il me fallait. Elle a finalement diagnostiqué une hyperthyroïdie [qui peut créer des troubles de l’ovulation, ndlr] et, après traitement, je suis repartie en République tchèque. Mes jumeaux sont nés en 2012, à terme.

Il y a mon histoire, mais aussi celles de toutes les femmes qui se confient sur le blog du collectif que j’ai fondé pour nous faire entendre, Bamp!. Elles ont conscience du temps qui passe et sont en grande souffrance, souvent affolées, habitées par l’angoisse de ne pas y arriver. Pouvoir conserver ses ovocytes n’est pas un remède miracle, mais il entre dans le champ de la prévention. Bien sûr, on peut continuer à faire des FIV à gogo à des femmes qui ont des ovaires déficients. Ça coûte une fortune à la collectivité et ça a un coût intime : des femmes s’effondrent, des couples explosent.

Pour les générations futures, parce que les modes de vie ont changé, il faut permettre aux femmes de faire un bilan de fertilité dès qu’elles évoquent un désir d’enfant : pour qu’elles puissent construire leur projet en connaissance de cause, faire des choix, prendre des décisions pour parvenir à une maternité maintenant ou plus tard, en faisant conserver leurs ovocytes. Les femmes doivent pouvoir disposer de l’information sur l’état de leur fertilité et la préserver si c’est possible. Les hommes le peuvent en stockant leur sperme, offrons cette liberté aux femmes. »

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* Dossier PMA, Causette #75 de janvier 2018.

 

Publié le 05 Janvier 2018
Auteur : Propos reueillis par Marie-Joëlle Gros
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