Litterature Publié le 02 Janvier 2018 par Stéphanie Fontenoy

Littérature turque : elles bossent fort

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Qu’elles vivent encore dans leur pays ou qu’elles soient condamnées à l’exil, les plumes turques ont beaucoup à dire. Alors que sort en France, le 10 janvier, Trois Filles d’Ève, le nouveau roman d’Elif Shafak, écrivaine la plus lue en Turquie, Causette a voulu la rencontrer.

Elif Shafak est une écrivaine nomade qui puise son inspiration au coeur du féminisme, du mysticisme et de la géopolitique. Elle est l’auteure de quinze livres dont dix romans traduits en quarantehuit langues. Née en 1971 à Strasbourg de parents turcs, élevée entre Ankara et Madrid par sa mère diplomate divorcée et une grand-mère turque traditionnelle, Elif Shafak a étudié les relations internationales et les questions de genre, avant de se lancer dans l’écriture. Cette militante de la cause des femmes a vécu à Cologne (Allemagne), à Amman (Jordanie), à Istanbul, aux États-Unis, avant de s’établir à Londres. Plusieurs de ses romans (La Bâtarde d’Istanbul, Bonbon Palace, L’Architecte du sultan) ont pour décor la bouillonnante cité sur le Bosphore, sa « ville de coeur », où se bousculent l’Orient et l’Occident, la tradition et la modernité.

Depuis l’étranger, l’auteure garde son attachement à sa patrie, la Turquie, pierre angulaire de son oeuvre. Elle adopte alors le point de vue de l’exilée. Dans Crime d’honneur, elle abordait le poids des traditions dans la communauté kurde immigrée à Londres. Dans Soufi, mon amour, best-seller vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires et traduit en quarante langues, Elif Shafak racontait une histoire d’amour épistolaire entre une femme au foyer juive américaine et un adepte du soufisme vivant à Amsterdam. La Bâtarde d’Istanbul, autre grand succès littéraire d’Elif Shafak, décrivait l’aventure d’une jeune Américaine d’origine arménienne qui s’invitait dans la famille turque de son beau-père, à Istanbul. Une visite imprévue qui semait le trouble en faisant resurgir un passé enfoui, celui du massacre des Arméniens en 1915. Une histoire pour laquelle Elif Shafak avait fait l’objet, en 2006, d’un procès pour « atteinte à la dignité de l’État turc » avant que les charges ne soient finalement abandonnées.

Dans Trois Filles d’Ève, son dernier roman, l’écrivaine nous convie à un dialogue fou et passionné entre trois jeunes musulmanes d’origines géographiques et sociales différentes, sur la nature de Dieu, le rapport à la religion, à l’Occident ou encore aux hommes. Peri, la Turque, Shirin, l’Anglo- Iranienne, et Mona, l’Égypto-Américaine,se rencontrent sur les bancs d’Oxford. Le destin va les unir autour du séduisant et mystérieux professeur Azur, qui bousculera aussi bien leur intimité que leurs idées sur la foi. Une partie du roman se situe à Istanbul, où Peri retourne à la fin de ses études et tente d’oublier – sans succès – l’épilogue de son séjour à Oxford.

Conteuse hors pair, Elif Shafak nous entraîne dans les tourbillons de l’Histoire, à travers les détails de la vie quotidienne de générations de femmes tiraillées entre culture et identité. Elle construit des fables modernes dans un style contemporain, bousculant nos repères et idées reçues.

... La suite dans Causette #85.

Publié le 02 Janvier 2018
Auteur : Stéphanie Fontenoy | Photo : © L. CENDAMO/LEEMAGE
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