Société Publié le 02 Janvier 2018 par Marie-Joëlle Gros et Anna Cuxac

La France, poule mouillée PMA

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2018, année ovocytes ?

2018 sera l’année de révision des lois de bioéthique. Ça tombe bien, Macron a annoncé, promesse de campagne oblige, qu’il était favorable à la PMA pour toutes les femmes. Vraiment ? En attendant, la France est sacrément à la traîne sur le front de la procréation médicalement assistée. Alors que la demande est énorme.

PMA. Trois lettres qui valent déclaration de guerre. Les militant·es de la Manif pour tous y sont prêt·es, convaincu·es qu’une famille c’est forcément un papa, une maman et des enfants, tous né·es par la grâce de Dieu. En face, les associations LGBT attendent aussi Macron au tournant. Le candidat avait câliné les un·es « humilié·es lors du mariage pour tous » et promis aux autres l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Depuis, prudence. Le président fait dire par le sémillant Gérard Collomb, pressé de calmer les emballements de Marlène Schiappa qui annonçait une loi pour 2018, que l’urgence est ailleurs : « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels », explique le ministre au micro de RTL. Bien, bien… Il va pourtant falloir s’y coller. 2018, c’est l’année de révision des lois de bioéthique, qui réglementent entre autres la procréation médicalement assistée. En ce début d’année, faisons le voeu, radicalement non pieux, que le président tiendra le calendrier. Et ses promesses par la même occasion. Oui, la procréation médicalement assistée enflamme les esprits, tout comme la gestation pour autrui (GPA) et pas seulement dans les rangs de la droite conservatrice, obsédée par l’homoparentalité. Dès qu’on parle de famille, chacun met son grain de sel. Si vous avez raté le coche pour le réveillon, faites le test pour la galette : ça bastonne même entre militant·es de gauche, libéraux, écolos… Au XXIe siècle, concevoir des embryons en laboratoire reste tabou.

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Le blocage français

Le recours à la PMA comme moyen de faire des enfants ne fait pas du tout l’unanimité, à droite comme à gauche. Difficile d’avancer des raisons évidentes, toute la société est traversée par une opposition sourde et diffuse. On distingue des courants familiaux (défense d’un modèle conforme à la nature), antieugéniques (aucune manipulation du vivant), écolos (déjà assez d’humains sur la planète), et on en oublie ! Et quelques particularités franco-françaises. Tentative de décryptage.

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Gardons nos œufs au frais

Autre blocage français, l’autoconservation des ovocytes. Gynécologue et spécialiste de l’infertilité, Joëlle Belaïsch-Allart la défend comme un droit nouveau pour les femmes. Dans une société où l’âge d’enfanter recule, le vieillissement ovarien doit être considéré comme une pathologie.

Causette : Pourquoi y a-t‑il nécessité de déjouer l’horloge biologique des femmes ?

Joëlle Belaïsch-Allart : J’explique souvent à mes patientes que le temps est l’ennemi des femmes, pas seulement pour le physique : la fertilité féminine chute dès 35 ans et encore plus à 40 ans. Or, le désir tardif d’enfant est devenu une réalité en France. Nos consultations sont envahies de femmes jeunes dans la vie mais âgées pour la reproduction. Certaines sont peut-être dans le déni, d’autres disent : « Moi, je suis au courant, mais mon conjoint pense qu’on a le temps. » Contrairement aux idées reçues, les taux de succès de l’AMP chutent eux aussi dès 35 ans. Seul le don d’ovocytes compense le vieillissement ovarien, mais on connaît ses difficultés en France : manque de donneuses, délai d’attente de dix-huit mois à deux ans, sans compter que l’ovocyte d’une autre n’est pas exactement ce à quoi rêvent les femmes. Donc l’idée de mettre ses propres ovocytes en réserve n’est pas aberrante. C’est de la médecine préventive. Nul ne s’oppose aux techniques qui visent à lutter contre le vieillissement des yeux ou du cerveau, pourquoi le vieillissement des ovaires serait-il traité différemment de celui des autres organes ? Depuis les années 2000, une technique de congélation rapide – ou vitrification – s’est développée avec d’excellents résultats. Les femmes de 40 ans et plus qui auraient autoconservé leurs ovocytes pourraient les utiliser et avoir le taux de succès de l’âge de cette autoconservation.

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Mes ovocytes sont en Espagne

Garance Yverneau, 39 ans, est entrepreneuse et mère d’un bébé de 10 mois. Elle a fait congeler ses ovocytes à 36 ans et ne le cache pas. Au contraire, elle accepte volontiers de défendre ce qu’elle estime être « un droit pour les femmes : connaître l’état de leur fertilité et la préserver ». Elle a notamment participé au travail d’une gynécologue qui interrogeait, en 2015, l’impact de l’autoconservation des ovocytes sur la rencontre amoureuse. À l’époque, Garance était célibataire. Trois ans plus tard, en couple, elle raconte.

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Les cathos ne feront pas de cadeau

La Manif pour tous et autres croisé·es anti-PMA pour toutes bougent encore.Toujours déterminé·es, ils·elles aiguisent dans l’ombre leurs arguments pour se faire entendre dans le « débat » promis par Emmanuel Macron.

C’est désormais un classique de l’arsenal militant des catholiques radicaux : créer un site Internet dont l’adresse induit un caractère officiel trompeur. Il y a eu simoneveil.com, il existe encore ivg.net… et il y a désormais pma-gpa.fr, activé en octobre dernier. Émanation de la Manif pour tous, cette page aux couleurs pop propose une « information » bien orientée : « La PMA sans père, c’est l’ouverture d’une boîte de Pandore qui conduirait à la gestation pour autrui (GPA) [malgré les dénégations du gouvernement, ndlr] et à bien d’autres dérives. » Tremblez, progressistes ! La présidente du mouvement, Ludovine de la Rochère « compte bien suivre de très près les débats » promis par Emmanuel Macron sur la PMA, dans le cadre de la révision des lois de bioéthique en 2018. La Manif pour tous accompagne son effroi envers la GPA d’une autre rengaine : en créant délibérément des situations où l’enfant ne connaîtrait pas son ascendant paternel biologique, la PMA provoquerait des « manques immenses ».

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Publié le 02 Janvier 2018
Auteur : Marie-Joëlle Gros et Anna Cuxac | Photo : © WILLIAM BEAUCARDET pour Causette
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