Mégaphone Publié le 02 Janvier 2018 par propos recueillis par Iris Derœux

La rue nous appartient

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Avec Tiens ils ont repeint !, l’auteur et éditeur Yves Pagès signe un ouvrage aussi drolatique qu’indispensable, une sorte d’encyclopédie poétique du graffiti, de 1968 à nos jours. Il y recense des milliers d’aphorismes, des jeux de mots, des slogans, des poèmes illégalement inscrits sur les murs de nos villes et (trop) rapidement effacés. Témoins de nos humeurs changeantes, de nos obsessions politiques et sociales, de nos colères et de nos rêves. De quoi fêter le cinquantenaire de Mai 68 en grande pompe.

Causette : Ci-contre figure un graffiti déniché dans votre ouvrage parmi les quatre mille que vous avez recensés (sacrée collection !). D’où viennent tous ces mots ?

YVES PAGÈS : « Nik ton père, ça changera » a fait son apparition à Paris, rue de Charonne, en juin 2016. Je ne l’ai pas vu reproduit ailleurs, mais on en trouve des semblables : « Nique ton père la réinsertion », qui détournait le « Nique ta mère la réinsertion » du rappeur Booba. J’apprécie cette volonté de faire un sort au cliché sexiste. Et leur inventivité illustre précisément ce que je voulais démontrer : il y eut Mai 1968 et l’incroyable poésie de ses mots, mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le graffiti n’a de cesse d’être réinventé, avec de nouvelles techniques. J’ai mis de côté les blazes [signatures, ndlr], appartenant à la culture du street art, pour me concentrer sur les aphorismes d’anonymes. On passe de répliques très construites au style malhabile, du calembour à la déclaration d’amour… Nombre d’entre eux viennent de la région parisienne, car j’y vis, mais aussi de partout où je dispose d’informateurs, de Lyon et Marseille, de Nantes et Rennes, bastions du graff politique déjanté et zadiste. D’autres viennent de l’étranger : le « Bonjour tristesse » datant de 1984, quelques années avant la chute du mur de Berlin, est incontournable. Les graffs nous racontent ensuite le « printemps arabe », la crise grecque… C’est sans fin ! J’ai ainsi découvert une tradition australienne du graff féministe. « Discover your clitoris » y était inscrit sur les murs dès les années 1970.

... La suite dans Causette #85.

Publié le 02 Janvier 2018
Auteur : propos recueillis par Iris Derœux | Photo : © CAUSETTE – SHUTTERSTOCK
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