Grand Reportage Publié le 07 Janvier 2011 par Cédric MORIN

Chine Les petites mains de la contestation

blog post image

Depuis le printemps dernier, les conflits sociaux se multiplient en Chine. Les travailleurs silencieux commencent à s’énerver pour obtenir des conditions de travail et des salaires décents. Et si les ouvriers n’ont comme seule possibilité d’organisation que le syndicat officiel – et illégitime à leurs yeux –, ils bénéficient de l’appui d’ONG locales qui s’adaptent aux méthodes… du Parti !

 

Debby Chan, jeune militante hongkongaise de 29 ans, est joyeuse : elle a réussi à interpeller Jim Leung, le directeur régional en charge des conditions de travail chez Disney, devant les bureaux locaux du groupe. Debby travaille pour l’ONG chinoise Sacom, spécialisée dans les droits économiques et sociaux, qui organisait le 22 octobre dernier une manifestation à l’occasion de la sortie de l’un de ses rapports sur des exactions commises chez un sous-traitant du groupe. Pour changer les conditions de travail en Chine, la stratégie de Sacom repose sur la médiatisation d’enquêtes réalisées par des militants de l’organisation ; une sorte de testing ouvrier pour lequel ils se font embaucher clandestinement dans les usines qui produisent pour les grandes marques occidentales.

 

Sacom a déjà sorti plusieurs dossiers sur les cadences infernales imposées chez ses sous-traitants, notamment quand arrivent les commandes de Noël. Dans certaines usines, les ouvriers enchaînent des journées de travail de quinze heures sans congé hebdomadaire ni majoration de salaire pour les heures supplémentaires. Le Père Noël est un esclavagiste ! Les conditions d’hygiène sont bien sûr déplorables et les salariés manipulent quotidiennement des produits hautement toxiques sans information, ni protection, faudrait pas pousser quand même. « Certaines des usines incriminées ont pourtant signé les chartes de bonnes pratiques de la Fédération internationale des industries du jouet. Cela démontre que le système censé garantir des conditions sociales et de sécurité acceptables ne fonctionne pas », explique Debby Chan sans se départir de son sourire. « La majorité des propriétaires d’usine sont hongkongais ou taïwanais. Les Taïwanais appliquent un management militaire, comme chez Foxconn [un sous-traitant d’Apple, ndlr] où les employés doivent chanter des slogans et subissent des cadences infernales. Treize d’entre eux se sont suicidés au printemps dernier », explique May Wong, coordinatrice de l’ONG hongkongaise Globalization Monitor, qui lutte contre les dérives de l’ultralibéralisme. Pour elle, les marques occidentales, avec leurs délais de livraison et leurs prix bas imposés, sont les premières responsables de la condition des travailleurs chinois.

 

 

... La suite dans Causette #12 ...

 

 

http://www.peuples-solidaires.org/c-est-pas-du-jeu/

Publié le 07 Janvier 2011
Auteur : Cédric MORIN | Photo : Thomas SEIFERT
3601 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette