Politique Publié le 15 Décembre 2017 par Marie Parmentier

Au procès de Georges Tron, la difficile parole des plaignantes 15/12/2017

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Elles ont attendu ce moment pendant six ans. Six ans que Virginie Faux et Eva Loubrieu ont porté plainte pour viols et agressions sexuelles contre le maire LR de Draveil (Essonne), ex-député et ex-secrétaire d’État de Fillon, et son adjointe à la culture. Jugés jusqu’au 22 décembre devant la cour d’assises de Bobigny, Georges Tron et Brigitte Gruel encourent vingt ans de réclusion criminelle.

À la barre, les deux plaignantes se tiennent très droites. Leur voix tremble parfois. Il arrive qu’elles se taisent de longues secondes, pour reprendre leur souffle. Virginie Ettel a témoigné pendant sept heures hier. Une heure pour Eva Loubrieu, qui passera ce matin sous le feu des questions du président de la cour d’assises, des avocats des parties civiles, de l’avocat général et du redouté Éric Dupond-Moretti, conseil de Georges Tron…

Hier soir, elle a décrit, la voix tremblante, son embauche en 2007 à la mairie de Draveil, puis le « rituel » qui se met en place avec Georges Tron dans son bureau : « Il fermait la porte, puis me massait les pieds. […] Il y avait pénétration digitale, mais jamais de relation classique. » Elle est « flattée de cette attention » jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle n’est pas la seule, lorsque ce « rituel » lui est décrit, « à la virgule près », par l’attachée parlementaire de Georges Tron. Elle demande au maire de cesser leur relation.

Le député la laisse tranquille pendant plusieurs semaines avant que le « rituel » ne reprenne, mais cette fois-ci en présence de Brigitte Gruel. « Il y avait presque un protocole, vous voyez, lance aux jurés Eva Loubrieu, d’une voix tremblante chargée de colère. Je devais fermer mes yeux, je n’avais pas le droit de bouger, c’est lui qui dirigeait. Il guidait ma main, ma bouche. Je devais faire des cunnilingus à madame Gruel. Ils me pénétraient digitalement, chacun leur tour. Je me retrouvais souvent par terre. Ils me faisaient boire avant, pour que je ne résiste pas. Il me fallait boire pour supporter l’insupportable. » Ces viols se seraient produits à une dizaine de reprises. Il pose des problèmes d’organisation à Eva Loubrieu, sans cesse appelée dans le bureau du maire, « le soir, le week-end pendant les vacances ». Elle confie son fils, « de façon impromptue », notamment à ses parents, qui ne comprennent pas : « Je n’allais pas leur dire que je faisais garder mon fils pendant que je me faisais violer par un député. » Licenciée, Eva Loubrieu sombre ensuite dans une profonde dépression. « Je ne pouvais plus me lever de mon lit, je me réveillais en pleurs… Voilà, c’est ma vie depuis ma rencontre avec Georges Tron », lance-t-elle en larmes aux jurés.

Virginie Faux a, elle, eu beaucoup plus de difficultés à s’exprimer devant la cour. Contrairement à l’usage, le président n’a pas jugé bon de la laisser s’exprimer en premier. Il a préféré lire sa plainte pour lui faire confirmer ses dires. Mais les questions du magistrat ont sidéré la salle d’audience.

« Vous vous laissez déshabiller sans rien dire ?

– J’étais incapable de réagir.

– Vous aviez bien compris qu’on vous déshabillait...

– J’étais paralysée, je me concentrais sur les battements de mon cœur que j’entendais.

– Vous n’avez opposé aucune résistance ?

– Je n’étais pas en mesure d’opposer une résistance.

– On ne se retrouve pas nue, ou entièrement nue, sans qu’il ne se soit rien passé quand même… Vous aviez une culotte, un string, des collants ? Il a baissé votre culotte ? Allons-y !

– J’avais une culotte noire en dentelles et des bas.

– Vous dites que M. Tron a introduit des doigts dans votre sexe…

– Il a mis un doigt, pas plusieurs. Il a caressé mon sexe sous la culotte, a écarté les lèvres. »

Virginie Faux n’arrive plus à parler, mais qu’à cela ne tienne, le président continue pour elle : « Oui, bon... il a mis un doigt dans votre vagin. » La plaignante pleure à la barre. L’avocat de Virginie Faux, Vincent Ollivier, finit par intervenir : « Je suis parfaitement étonné par cet interrogatoire. Cette audience, ambiance 1950 où on découvre la sidération, un phénomène parfaitement documentée depuis 1914... » Pas par le président visiblement, qui continue, un peu plus tard, alors que Virginie Faux raconte une autre agression sexuelle : « Qu’est-ce qui vous empêche d’ouvrir les yeux ? Il n’y a pas eu de contrainte, on ne vous a pas bandé les yeux… » ou encore « Il n’y a jamais eu de contrainte physique, hein ? On vous a pas menacé avec un couteau ? On est bien d’accord ? »

Quelques heures plus tard, Vincent Ollivier lance, glacial, au président : « Il y a, chaque année, 600 000 femmes agressées sexuellement en France, dont seule une infime partie entame des démarches judiciaires. Si ces femmes suivent les débats aujourd’hui, elles seront confortées dans leur décision de laisser les choses sous le boisseau. »

Publié le 15 Décembre 2017
Auteur : Marie Parmentier
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