Corps et Ame Publié le 05 Décembre 2017 par Iris Derœux, Elvire Emptaz, Marie-Joëlle Gros, Eric La Blanche, Marguerite Nebelsztein

Salut, tu bises ?

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La boîte aux lettres de Causette abrite des pépites. Les vôtres. Comme ce courrier, ci-dessous, d’une lectrice en plein questionnement sur l’usage de la bise. Au même moment, aux États-Unis, un article de l’association Girl Scouts USA enjoignant les parents à ne pas forcer les petites filles à faire des bisous quand elles n’en ont pas envie, a déchaîné les passions. Ben oui, Anne-Laure, vous avez raison. Pourquoi y’a que les filles qui se cognent la moustache de Jean-Mich à la cafèt’ ? Et d’où vient ce rituel bien français ? Et les ados, ils bisent ou ils bisent pas ? Autant de questions passionnantes auxquelles nous tentons de répondre ici. Bonne lecture !

« Lundi matin, Samuel arrive au travail légèrement en retard. Ce n’est pas un gros macho, Samuel. Il défend l’égalité homme-femme (pas au point de dire “l’égalité femme-homme”, faut pas pousser !). Il n’a jamais sifflé une femme dans la rue (ou alors il y a très longtemps). Il a la même considération pour ses collègues de travail, que ce soient des hommes ou des femmes. Il est même prêt à signer les pétitions “à travail égal, salaire égal”. Il prend sa part des tâches ménagères.

Ce lundi, Samuel est un peu en retard parce que, le lundi, c’est lui qui pose le petit à la crèche. Trois collègues sont déjà là, deux hommes et une femme, avec lesquel·les il entretient une relation cordiale (ils·elle se tutoient), mais purement professionnelle. Il salue ses deux collègues masculins d’une poignée de main, il se penche vers sa collègue féminine (ce n’est pas de sa faute si elle fait 20 centimètres de moins que lui), il lui pose la main sur l’épaule et lui colle deux bises pas trop appuyées auxquelles elle répond machinalement. Elle rumine. Elle voudrait lui tendre la main, comme l’ont fait les deux autres. Mais comment faire pour qu’il ne prenne pas ce geste de salut amical pour une agression de “chienne de garde”, alors que ça fait cinq ans qu’il lui fait la bise tous les matins ? Si elle ne voulait pas qu’il l’embrasse, elle n’avait qu’à le dire le premier jour, les choses auraient été claires. Ce n’est pas que ça la gêne de traîner derrière elle l’odeur de l’after-shave de Samuel jusqu’à l’heure du déjeuner. Elle se demande seulement pourquoi tant de personnes se permettent de lui lécher la pomme sans lui avoir, au préalable, demandé l’autorisation.

Ça remonte à l’enfance, évidemment. “Dis bonjour à tata Jacqueline” ; “Fais un bisou à pépé Marcel” ; “Ne sois pas timide, tu ne te souviens pas de tonton Fernand ? C’est lui qui te portait le jour de ton baptême…” Enfant, son petit frère subissait, tout comme elle, cette familiarité indésirable, les bises qui mouillent, les bises qui piquent, celles qui sentent la digestion difficile. Puis, un jour, il a tendu brusquement la main vers le tonton qui s’approchait trop près. Ce dernier la lui a serrée d’un air gêné en disant : “C’est vrai que c’est un homme maintenant, il est aussi grand que moi.” Comme elle n’est jamais devenue un homme, elle a continué à se faire baver dessus par toute la famille. Au moins, elle était préparée pour la vie. Il est gentil, Samuel, ce n’est pas un gros macho. Mais comment le prendrait-il si elle lui demandait, même gentiment, de lui serrer la main, comme aux autres ? »

Anne-Laure


“La bise a l’évidence du naturel…

… mais ça ne doit pas nous empêcher de la questionner, de la décortiquer… Et, en connaissance de cause, l’accepter ou la refuser ! », analyse Christine Détrez, sociologue du genre à l’École normale supérieure de Lyon.

... La suite dans Causette #84.


Quand la bise fut venue

Comme les paroles, les baisers s’envolent et la bise légère n’a pas laissé beaucoup de fossiles dans l’Histoire. Difficile, du coup, de dater son apparition ou de retracer son parcours. Causette s’y est quand même essayée.

... La suite dans Causette #84.


Le smiley ki fé D bisou

Aujourd’hui, quand on veut exprimer un sentiment, un état d’esprit, ou choisir une formule de politesse lors de la rédaction d’un message, on peut utiliser ces vieux machins démodés qu’on appelle les mots. Mais l’on peut aussi utiliser ces petits visages graphiques minimalistes qu’une Belle au Bois dormant sortant d’un coma de trente ans trouverait vraisemblablement affligeants.

... La suite dans Causette #84.


Us et coutumes salutatoires chez l’ado gaulois·e

Cap sur un grand collège près d’une porte de Paris, dans l’espoir d’y trouver quelques ados assez sympas pour taper le bout de gras à la sortie des cours avec une vieille au moins aussi vieille que leurs profs.

... La suite dans Causette #84.


Paul Taylor : "Kiss me not"

Du mythe de la Parisienne au mauvais doublage de film, cet humoriste anglais se moque des Français·es dans des pastilles télé et dans un spectacle hilarant*. Ce qui l’a révélé ? Une vidéo sur la bise. Rencontre.

... La suite dans Causette #84.


Quand ça dérape

On connaît l’amicale, la familiale, la polie, l’obligatoire… mais on parle moins souvent de la ratée. Il s’agit de cette bise un peu pataude, déposée au coin des lèvres, sur cette sensuelle frontière entre la joue et la bouche, entre chasteté et volupté.

... La suite dans Causette #84.


+ le World wide Kiss !

Publié le 05 Décembre 2017
Auteur : Iris Derœux, Elvire Emptaz, Marie-Joëlle Gros, Eric La Blanche, Marguerite Nebelsztein | Photo : illustration : Camille Besse
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